Natagora et l’éolien

« Mais, plus récentes et totalement inacceptables, sont les installations d’éoliennes en forêt. Car, oui, aujourd’hui, on grignote des forêts en Région wallonne pour installer des éoliennes ! » C’est Natagora qui l’écrit sur son portail, caractères gras et point d’exclamation inclus. Auraient-ils vu la lumière en 2020, ces protecteurs (f/m) de la nature autoproclamés wallons et bruxellois ? L’implantation de zonings éoliens en forêt n’est pourtant pas un phénomène récent. Mais quand EDF Luminus et la commune de Lierneux décidèrent en 2015 de déboiser six hectares pour l’implantation de six éoliennes, on ne les a pas entendus.

Selon Natagora il est essentiel que les luttes contre le réchauffement climatique et contre l’érosion de la biodiversité soient menées conjointement. « Et c’est là où le bât blesse. » Pour ce qui est des ambitions climatiques (= énergétiques) de la Région wallonne, l’organisation constate : « De nombreux projets éoliens émergent un peu partout sur le territoire. Le Plan air climat énergie wallon (PACE) 2030 prévoit d’atteindre une production d’électricité éolienne de 4 600 GWh/an à l’horizon 2030. Aujourd’hui, la production atteint 3 115 GWh/an. Si tous les projets soumis venaient à se réaliser, on atteindrait un total de 7 270 GWh/an. Tous ne verront bien sûr pas le jour, mais on a largement de quoi atteindre les objectifs 2030. »

Or, la construction de zonings éoliens a, toujours selon Natagora, un impact certain non seulement en ce qui concerne des questions paysagères, de bruit ou d’effets stroboscopiques, mais également en matière de protection de la biodiversité. Et de s’étendre un peu sur les menaces pour les oiseaux des plaines, pour le milan (en Haute Ardenne – où d’ailleurs Lierneux est situé), pour les chauves-souris, … Mais aussi sur le sol l’implantation de zonings éoliens a une emprise non négligeable : « Au-delà de la nécessaire préservation d’un cortège d’espèces fragilisées par la présence d’éoliennes, il est important de prendre également en compte l’emprise des parcs éoliens sur le sol. Au-delà des quelques mètres carrés nécessaire à l’implantation d’un mât, il faut imaginer les zones de sécurité et le charroi généré par le montage, l’utilisation et l’entretien des infrastructures. [-] Mais, plus récentes et totalement inacceptables, sont les installations d’éoliennes en forêt. Car, oui, aujourd’hui, on grignote des forêts en Région wallonne pour installer des éoliennes ! Cette artificialisation a des impacts sur la forêt en tant que paysage et espace naturel : création de route et de zones techniques rompant la tranquillité et l’unité des massifs, installation permanente de grandes infrastructures affectant les paysages, compaction des sols forestiers, risque d’apport d’espèces invasives, mortalité directe de certaines espèces, perte d’habitats pour d’autres. »

Il y a quoi de neuf là ? Si l’on avait écouté un peu les riverains et les populations touchées, l’organisation aurait pu savoir tout cela depuis des années. Pour la commodité les auteurs oublient d’ailleurs de mentionner les effets dévastateurs sur la qualité de vie des riverains.

Le texte conclut : « Bref, ce qui pourrait ressembler ici à un réquisitoire contre les éoliennes n’est en fait qu’une objectivation de leurs impacts. Natagora ne s’oppose pas à l’éolien, loin de là. À l’heure actuelle, nous n’avons d’ailleurs intenté de procédure juridique que dans trois dossiers sur les trente-deux projets en recours comptabilisés au 31 décembre 2019. Par contre, nous réclamons ardemment un cadre de référence réglementaire. Au-delà des questions de biodiversité, la situation est aujourd’hui tout à fait chaotique. Chaque situation fait s’opposer, au cas par cas, spéculateurs (belges ou étrangers), coopératives citoyennes, voisins, communes et associations de protection de la biodiversité.

Pour minimiser les impacts sur la biodiversité, il est impératif de s’éloigner des sites sensibles. Et une planification à l’échelle régionale est indispensable pour prendre en compte les effets cumulés des projets. Mais dès qu’une tentative de cartographie positive voit le jour, des pressions énormes montent des pouvoirs locaux pour ne pas voir s’implanter des parcs sur les territoires qu’ils gèrent. D’autres communes, moins regardantes, empochent donc des sommes rondelettes pour l’implantation anarchique de parcs en mauvaise situation. Il est plus qu’urgent que le politique remette sur le métier la planification du développement éolien, comme commencé en 2013. C’est pour Natagora la seule façon de concilier l’atteinte des objectifs énergétiques et des objectifs biodiversité. Tant que cela ne sera pas fait, il ne sera plus possible, à qui que ce soit, de motiver adéquatement un projet éolien. »

Un cadre de référence, il y en a un, datant de 2013 et déterminant les critères à respecter pour l’implantation d’éoliennes ; mais comme les auteurs le formulent eux-mêmes, ses dispositions sont assez souvent « allègrement outrepassées ». Et en ce qui concerne les procédures juridiques dans lesquelles Natagora a rejoint les adversaires des zonings éoliens : le petit nombre (trois sur trente-deux) démontre déjà le peu d’engagement de l’organisation.

Dans une note, le texte mentionne qu’une de ces procédures est dirigé contre « des collectifs citoyens qui tentent de faire leur part en terme de lutte contre le réchauffement climatique ». Assez triste, dit-on, parce qu’ainsi certaines parties de la société civile sont amenées à s’opposer à d’autres. Bof, ce n’est pas parce que certains groupements se présentent en tant que collectifs citoyens ou coopératives, qu’ils ne soient pas conduits par la soif de profit à court terme, ou qu’ils ne fonctionnent comme couverture pour des entreprises énergétiques – et tout cela sur le dos des riverains et en méprisant la biodiversité et l’environnement que Natagora est censé défendre. On pourrait penser p.e. à la coopérative Courant d’Air. Dans son rapport annuel 2016 elle mentionne, à propos de sa collaboration avec Electrabel dans la construction d’un zoning éolien en forêt à Trois-Ponts, qu’elle s’engage « à faire le travail de communication nécessaire pour rallier les citoyens et les administrations au projet ». Le collectif citoyen comme alibi.

Je ne sais pas très bien quoi penser de ce texte de Natagora. Si l’on veut croire à sa sincérité, il me semble un exemple typique du trop peu, trop tard ; les humains et la biodiversité mériteraient une meilleure protection que celle qu’offre l’organisation. D’autre part, le moment de parution me fait douter de ses intentions. En novembre 2017 le Conseil d’Etat annula un arrêté wallon de 2014 qui fixait les conditions sectorielles pour l’éolien, en maintenant toutefois ses effets pour une durée de trois ans. Cette période vient à échéance cet automne, et il est donc devenu urgent pour le gouvernement wallon et les promoteurs éoliens d’établir une nouvelle réglementation des constructions éoliennes –valide cette fois-ci. L’enquête publique, qui était une conditio sine qua non pour la légalité du nouvel arrêté vient d’être close ce mi-mai. Natagora, qui ne cesse d’insister sur l’urgence d’une planification réglementaire du secteur éolien, devrait donc soutenir de tout cœur l’initiative récente du gouvernement wallon pour ce qui s’appellera dorénavant « Arrêté du Gouvernement wallon portant conditions sectorielles relatives aux parcs d’éoliennes d’une puissance totale supérieure ou égale à 0,5 MW » et « Arrêté ministériel relatif aux études acoustiques des parcs éoliens ».

Or, dans l’enquête publique ces deux projets de plan ont fait l’objet d’un commentaire très critique de la part de 49 comités locaux et de 400 personnes, qui ont contribué à ou souscrit le texte publié et soumis par l’asbl VentdeRaison – WindmetRedelijkheid. Une critique générale est que – encore une fois – les textes que le gouvernement wallon a soumis à enquête publique et les modalités de celle-ci ne répondent pas aux exigences que posent les normes européennes en matière de consultation publique « relative à l’évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l’environnement ». Ce qui signifie : la soi-disant enquête publique était en large mesure un leurre, et en tant que tel rendra les deux arrêtés projetés légalement non valides. En conclusion pourtant, VdR-WmR est plus généreux :

Le premier document (projet de conditions sectorielles) est à rejeter. Il est notamment incomplet, partial, propose des modifications contraire au principe de standstill.

Le second document (projet d’arrêté ministériel) pourrait être accepté conditionnellement pour autant que les commentaires soient incorporés (voir commentaires détaillés) et l’aspect spécifique du bruit issu des éoliennes spécifiquement adressé.

Que va faire Natagora ? Se taire et se réjouir que le gouvernement wallon décrétera une nouvelle réglementation sur les éoliennes – même si celle-ci se débarrasse de toute participation de la population ? Or appeler à la résistance, afin de réellement contrer les attaques des promoteurs éoliens à la biodiversité et la qualité de vie des riverains ?

 

Meta meta meta meta meta

“… the importance of the communicative context in the negotiation of the conditions through which truth is constructed, …”

A quotation from a fascinating study by Marco Jacquemet, Credibility in court – Communicative practices in the Camorra trials (1996). It’s in a paragraph on ‘Metapragmatics in court’ that the author formulates this sentence on truth.

‘The truth, the whole truth, and nothing but the truth’? That’s the basis of legal oats in about all western judicial systems.

Jacquemet’s study shows how truth is constructed, through conditions, that are being negotiated, in a specific communicative context, which has his own importance.

I like that.

Praktische denkoefening

“De huidige gezondheidscrisis is immers niet ingebed in een crisis – die zijn altijd van voorbijgaande aard – maar in een voortgaande, onomkeerbare ecologische mutatie.” Bruno Latour heeft het gezegd – maar velen zullen het met hem eens zijn. Even verder schrijft hij: “De eerste les van het coronavirus is ook de meest verbazingwekkende: het is in feite bewezen dat het mogelijk is, binnen een paar weken, een economisch systeem op pauze te zetten, overal ter wereld en tegelijkertijd; een systeem waarvan men zei dat het onmogelijk vertraagd of (ge)heroriënteerd kon worden.”

OK, denk ik dan, maar tot welke prijs? Inderdaad, het mondiale kapitalistische systeem is op pauze gezet, en wie draait er voor op? Niet degenen die er voordien al op teerden, die hun vermogen vergaarden door speculatie en de handel in aandelen en obligaties, maar de overgrote meerderheid van de wereldbevolking, die de economie draaiende moest houden om te (over)leven.

Latour besteedt wel aandacht aan die laag van profiteurs, die de “plotselinge pauze van het geglobaliseerde productiesysteem” zien als “een goede gelegenheid om zich te ontdoen van de rest van de verzorgingsstaat, het vangnet voor de armsten, wat er nog over is van regelgeving tegen vervuiling, en, nog cynischer, zich te ontdoen van al die boventalligen die de planeet bevolken.” Deze globalisten weten ook “dat ze verloren hebben, dat hun ontkenning van de ecologische mutatie niet eeuwig door kan gaan, dat er geen enkele mogelijkheid is waarop hun ‘ontwikkeling’ nog verzoend kan worden met de verschillende planetaire begrenzingen waarin de economie op een of andere manier ingepast moet worden. Dit maakt dat zij bereid zullen zijn om alles in het werk te stellen om voor de laatste keer, de omstandigheden te scheppen die hen in staat stellen om het nog iets langer vol te houden en zichzelf en hun kinderen te beschermen.”

Wat stelt Latour daar dan tegenover? Een denkoefening op maat van het nog relatief welvarende deel van de westerse bevolking, en gericht op “het loslaten van productie als het enige principe van onze verhouding tot de wereld. Het is geen kwestie van revolutie, maar van ontbinding, pixel voor pixel. Zoals Pierre Charbonnier laat zien: na honderd jaar socialisme dat zich louter beperkt tot de herverdeling van de opbrengsten van de economie, zal het nu misschien tijd worden om een socialisme uit te vinden dat de productie zelf uitdaagt. Onrechtvaardigheid gaat niet enkel over de herverdeling van de vruchten van de vooruitgang, maar over de manier waarop de planeet zelf vruchtdragend gemaakt kan worden. Dit betekent niet ont-groeien, of het enkel leven van de liefde of schoon water. Het betekent het leren om elk onderdeel van dit zogenaamde onomkeerbare systeem apart te nemen, een vraagteken te zetten bij elk van de vermeende onmisbare verbindingen, en dan steeds gedetailleerder te onderzoeken wat er wenselijk is, en wat er heeft opgehouden wenselijk te zijn.”

Het is een benadering die – terecht – de individuen wijst op hun verantwoordelijkheid, maar, vrees ik, de concrete levensomstandigheden van een overgroot deel van de mensheid nogal negeert. Latour haalt het voorbeeld aan van een Nederlandse bloemenkweker die met tranen in de ogen op de televisie vertelde hoe hij enorme hoeveelheden tulpen had moeten vernietigen omdat hij ze niet meer naar zijn klanten over de hele wereld kon vervoeren. En inderdaad, wat is dit voor flauwekul? Hollandse snijbloemen die naar Zuid-Korea gevlogen worden? En omgekeerd, boontjes uit Kenia, die hier in de supermarkt liggen?

Anderzijds, die bloemenkweker is in een tredmolen terecht gekomen (heeft die waarschijnlijk zelf opgezocht), waarin het op een bepaald ogenblik evident werd om gigantisch te investeren voor de productie van zeer vergankelijke luxeproducten. In Aartselaar kan je op de Bloemenplukweide zelf voor een bescheiden bedrag je bloemen en klein fruit komen plukken/rapen. Zou die tuinder daarvan kunnen leven? De wantoestanden waarop het financiële kapitalisme van vandaag drijft, ga je niet veranderen door in je eentje geen snijbloemen meer te kopen of die boontjes te laten liggen en alleen nog voor seizoensgroenten te gaan in de min of meer korte keten bij de min of meer lokale boer. De rijen voor de Primark in Antwerpen op de eerste winkeldag na de isolatie gaven aan dat mijn individuele inzet er niet zo veel zal toe doen – het is immers niet dat die honderden pubers niet (kunnen) weten dat zij teren op de ellende van naaisters en stiksters in verwegge landen.

De twee moeten dus noodzakelijk samengaan: niet alleen een socialisme dat de productie zelf uitdaagt, maar zeker ook een socialisme dat werkt aan een rechtvaardige herverdeling van de opbrengsten van de economie – en dat is pure harde politiek. Het neemt niet weg dat de denkoefening die Latour voorstelt niet onzinnig is. Aan het eind van zijn tekst roept hij op tot een soort “zelfbeschrijving”, een begin van inventarisatie van “waar we aan gehecht zijn; waar we klaar zijn om ons van te bevrijden; de kettingen die we willen herconstrueren en welke we, door middel van ons eigen gedrag, vastbesloten zijn te onderbreken.”

De volledige tekst, met de vragen die Latour suggereert, vind je op Vrij Links; version originale sur AOC (Analyse Opinion Critique).

Jew Flu

There are so many forms of racism. Take for instance the history of swimming pools in the United States. As long as there was primarily a segregation between the sexes in public swimming pools, that is men and women bathing separately, in the big cities black and white people could swim together.  This was a logical consequence of the idea that public swimming pools were to be a contribution to fostering public health and hygiene within working-class families. But as soon as cities permitted men and women to swim together, racial segregation superseded the one on the basis of gender – mainly because black men shouldn’t be allowed to approach white women in this rather intimate context of public bathing. Race, class and gender meet her in a mix of discriminations. Jeff Wiltse has written a book about it: Contested Waters: A Social History of Swimming Pools in America.

All over history this racism based on the idea of the superiority of one ‘race’ above all others has produced vehement forms of physical violence. Expulsion and displacement, mutilation and rape, persecution and incarceration, (mass) murder … they have always been the fate of ‘indigenous people’, lower castes, ethnic minorities, all groups of people that in one way or another could be constructed and redefined into a category of inferior beings – and that in all continents and all times. Today is in that sense not better than yesterday.

What keeps amazing me is the obstinacy with which Jews (with or without capital letter, and whatever that category might include) over all times and places and for whatever reason are considered as a race to be exterminated. Even today, when protesters in the US carry posters showing drawings of ‘jewish rats’ and the text The Real Plague. White-supremacist circles worldwide spread the idea that Jews control the Chinese labs that created the new coronavirus. Maybe this might have been expected, since anti-Semitic theories have always regarded Jews as poisoners and deliberate carriers of disease and as inveterate economic profiteers. So, though the creation of sars-CoV-2 and the spreading of covid-19 are supposed to originate from Chinese labs, the evil mind behind all this is jewish. Isn’t it true that the Jews are always pulling the strings but using proxies for deniability and to amplify their power? And so an internet cartoon holds this strapline: It’s not Chinese. It’s the JEW FLU! The purpose of all this manipulation? « To consolidate their gains. The red-pill movement is growing, and time is running out for the kikes. (((They))) must cement their power now, while they still have the upper hand. »

(I looked it up, for I guess there are more people not familiar with the idiom of the ones who really understand the mechanisms of world-ruling. The red-pill movement is in this context probably not the promotor of the manosphere, but an allusion to The Matrix, where Keanu Reeves pops a red pill to unplug his mind from a simulated world, freeing him to explore genuine reality; kikes is a derogatory term for Jews; the triple parentheses ((())) is used to identify Jews in written texts.)

Right. But how did the Jews then deserve this kind of seemingly perpetual and universal reaction – at least from a part of your fellow human beings? In The Origins of Totalitarianism (first published 1951) Hannah Arendt formulates a remarkable section on the Eastern-European anti-jewish fanaticism at the beginning of the twentieth century. (Yes, but she’s a jew herself; what does she really hide behind her assertions?) In writing about “one of the most logical and most bitter revenges history has ever taken”, she mentions “the Jews’ concept of chosenness, their identification of religion and nationality, their claim to an absolute position in history and a singled-out relationship with God”. This jewish self-confidence supposedly made it easier for mob leaders to drag God into their discourse about the discrimination against their own people and about the right they had to defend their inalienable rights with all means. Arendt writes:

The hatred of the racists against the Jews sprang from a superstitious apprehension that it actually might be the Jews, and not themselves, whom God had chosen, to whom success was granted by divine providence. There was an element of feeble-minded resentment against a people who, it was feared, had received a rationally incomprehensible guarantee that they would emerge eventually, and in spite of appearances, as the final victors in world history.

Seems all too recognisable today – not only in the US. Arendts seventy years old analysis fits quite well to the actual anti-semitism of the white-supremacists. Fear and hatred, nourished by the fact that the jewish claims about uniqueness and superiority are not so different from the ones expressed in Christianity (and islam).

Nee

Liefst wil ik niet materiaal van anderen gewoon overnemen op deze site, maar soms zijn stukken zo sterk, dat ik denk: dit moet ik ook laten zien, omdat het mij raakt.

Dat is dus het geval met de rede van Arnon Grunberg ter gelegenheid van de nationale Dodenherdenking in Amsterdam, 4 mei 2020.

Ontroerend is niet alleen de enscenering, met Grunberg pratend in een vrijwel lege Nieuwe Kerk, voor ceremonieel opgestelde rijen onbezette stoelen, maar vooral zijn tekst, scherp, geëngageerd, persoonlijk en eigenlijk ook diep treurig.

Hieronder te zien vanaf minuut 23:50.

De integrale tekst van Grunberg, getiteld Nee, vind je hier.

Une autre pandémie

On aurait tendance à l’oublier en ces temps de corona, mais en ce début du 21ème siècle, il y a toujours le VIH et le sida. A travers le monde environ 37 millions de gens seraient séropositifs, dont septante pourcent vivant en Afrique. Pendant le dernier quart de siècle, plus de 26 millions de personnes y sont décédées à la suite du sida. Et bien qu’il y ait d’énormes différences entre les phénomènes du VIH/sida et du SRAS-CoV-2/covid-19, cela vaut la peine de se souvenir de l’histoire du sida. Comme le sida dans les années 1980, la pandémie actuelle du covid-19 renforce les crises sociales ou politiques déjà existantes. Et dans les deux cas, on trouve les mêmes sortes de présomptions en ce qui concerne la vie d’après l’épidémie. Ou bien on croit que tout n’était pas si mal avant, et que la crise actuelle signifie le collapsus final de tout ce que la civilisation a atteint ; ou bien on considère la crise comme l’adieu à un système obsolète et comme point de départ pour élaborer un futur plein d’espoir.

Au moment où la prise de conscience du sida atteignit son apogée en Europe occidentale et l’Amérique du nord, au milieu des années 1980, l’infection par le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) et le syndrome connexe du sida (syndrome d’immunodéficience acquise) paraissaient en premier lieu une affaire d’homosexuels mâles et d’usagers de drogues illicites par voie intraveineuse (udvi). Aujourd’hui en Belgique les udvi semblent avoir tout à fait disparu des statistiques du sida. D’une part il y avait jusqu’il y a peu une nette tendance à la baisse de la pratique d’injection intraveineuse, d’autre part les dispositifs de consommation hygiénique (échange de seringues, salles de consommation à moindre risque, programmes de substitution d’opioïdes/méthadone) ont probablement aussi contribué à cette évolution – sans oublier pourtant la persistance possible du jugement moral que des consommateurs de drogues illicites ne sont pas nécessairement une catégorie à prendre au sérieux. De nos jours en Belgique les groupes principaux touchés par le VIH sont les hommes ayant des relations homosexuelles et des femmes et des hommes hétéro d’origine africaine sub-saharienne. En général la proportion des plus de cinquante ans est en hausse.

Il y a une différence majeure entre la gestion du sida de l’époque et celle de covid-19. Pour une bonne part elle est due à l’interprétation du phénomène, la signification que l’on donne à la maladie ou l’épidémie et aux malades – et cela à son tour détermine en grande partie l’ampleur et la qualité de la prévention et des infos à la population. Comme les premières personnes infectées du VIH semblaient être ou bien des homosexuels, ou des toxicomanes, ou encore des africains, il était bien simple de stigmatiser ces groupes. S’ils tombaient malades, c’était qu’ils l’avaient cherché eux-mêmes. Sexualité déviante, consommation immorale de stupéfiants, origine ethnique mystérieuse … ça ne rate jamais pour imposer la responsabilité du mal. Ces gens-là étaient responsables eux-mêmes de ce qui leur arrivait.

Jusqu’ici ce mécanisme de stigmatisation semble rester absent dans la gestion de la pandémie du covid-19 (bien qu’en Turquie le président Erdogan et le chef suprême de l’islam étatique pointent du doigt précisément les homosexuels (m/f) pour la décadence sociale et les maladies et les contagions que celle-ci implique). Tout ceci pourtant pourrait changer dans les semaines qui suivent, lorsque le déconfinement prendra forme. Depuis plusieurs semaines la règle générale est celle du confinement, et les exceptions accordées sont donc des exceptions à une situation d’anormalité. Mais bientôt la situation sociale deviendra de plus en plus « normale » (en Italie on parle de convivenza con il virus – cohabitation avec le virus) et les gens qui ne pourront pas – pour diverses raisons – jouir pleinement de tous les droits auxquels tout le monde était habitué avant, formeront des exceptions dans une situation de normalité. Il sera probablement plus difficile d’accepter que l’on soit obligé de rester en confinement tandis que « tous les autres » sont libres, que de se trouver confinés comme tout le monde, à l’exception de ceux et celles qui garantissent des services primordiaux. Ceux et celles qui n’auront pas droit au déconfinement seront des minorités. Et les minorités sont vulnérables.

Aussi longtemps que le déconfinement ne sera pas tout à fait général, il y aura des gens qui transgresseront les limites qui leur sont imposées, et qui courront donc le risque – en tout cas dans l’opinion publique – d’être responsables eux-mêmes d’une éventuelle contamination. Qui peut dire si, dans une situation normale et dans des conditions où l’épidémie semble surmontée, les personnes qui seront infectées malgré tout ne seront pas blâmées pour ce qui leur arrive ? Et là, ce ne sont pas que ceux et celles qui enfreignent les règles de leur propre gré qui seront visé.e.s, mais aussi tous les gens qui devront fonctionner dans des situations où l’on ne peut respecter les règles, même si on le voudrait de tout cœur : les sdf, tous ces travailleurs et travailleuses dans des ateliers ou des coiffeurs ou tant d’autres situations entassées, les écoliers, les prestataires de services sexuels … vous pouvez vous l’imaginer vous-mêmes. Et comme toujours, ce seront les pauvres et les démunis et les sans-papiers qui resteront les principales victimes aussi bien de la crise que de la post-crise.

Drogues et sida

Cela peut sembler paradoxal, mais une partie de la population n’a pas toujours considéré le sida comme juste une maladie mortelle. Pour le secteur des services de santé et d’aide aux usagers de drogues l’épidémie a débloqué des sommes d’argent considérables et beaucoup de gens ont gagné leur vie dans la recherche, les conférences, les publications, la politique et l’aide sociale en matière de drogues & sida. Mais aussi pour ceux et celles qui, à la fin des années 1980, cherchaient une nouvelle approche politique et sociale émancipatoire et respectueuse des consommateurs de drogues illicites, le sida a à un certain moment paru offrir un instrument ou une tactique intéressante.

En soi, il n’y a pas de relation entre le sida et des drogues – même illicites. Dans ce sens, les consommateurs de drogues ne forment donc pas un « groupe à risque » (une « communauté de parias », selon Susan Sontag dans AIDS and Its Metaphors). S’il y avait une relation plus que moyenne entre des consommateurs de drogues illicites et l’infection par le VIH, cela indiquait surtout que ces personnes, plus que certaines autres, étaient disposées à effectuer des activités plutôt hasardeuses. Dans une atmosphère générale de répression et de manque de pièces stériles, il y avait (assez) d’usagers par voie intraveineuse (udvi) qui partageaient leur seringues ou aiguilles avec d’autres gens – potentiellement contaminés. Il y en avait aussi que l’illégalité de leur dépendance menait à des activités hasardeuses sur le marché du sexe. Dans ce sens, le sida est un problème secondaire en matière de drogue : non propre à la drogue même, mais la conséquence d’une politique répressive.

En d’autres termes, il y a bien une relation entre le sida et la politique des drogues. Exactement comme la politique du sida, la politique en matière de drogues est prétendument en premier lieu une politique de santé publique. Néanmoins, ses aspects sanitaires sont définis dans le cadre de politiques pénales établies par divers traités internationaux et législations nationales. A la fin des années 1980, comme aujourd’hui d’ailleurs, il était clair qu’une politique de santé publique en matière de drogues devrait – entre autres – parer les effets néfastes de la politique judiciaire. Cette approche s’appelle depuis lors harm reduction – réduction des méfaits. Dans les pays occidentaux le sida semble devenu plutôt une affection chronique qu’une épidémie, mais sur l’échelle mondiale il y a toujours une forte relation entre la présence de VIH et les udvi. Des recherches récentes montrent qu’il n’y a qu’un pourcent des udvi qui vivent dans des pays avec des mesures de réduction des méfaits suffisantes ou accessibles. La plupart des gouvernements poursuit toujours des politiques de contrôle de drogues, poursuite et incarcération de consommateurs inclues, bien que les effets catastrophiques de la war on drugs pour la santé publique soient depuis longtemps bien établis.

Si traditionnellement la prévention en cas d’épidémie consiste en vaccination, isolation et désinfection, il y a bien sûr également l’aspect de l’information de la population concernée. Au Pays-Bas on s’est réalisé vers le milieu des années 1980 que pour être effective, l’information et la prévention du sida devraient être spécifiées selon les divers publics. C’est ainsi qu’on s’est rendu compte que les campagnes de prévention du sida destinées à des consommateurs de drogues illicites devraient avoir lieu dans le cadre d’une politique des drogues généralement prohibitive et répressive. Une campagne d’information-prévention destinée à des consommateurs de drogues illicites serait une campagne destinée à des déviants et des hors-la-loi, qui pour une part vivent leur vie et font leurs affaires dans des zones grises et des structures semi-légales.

Tout ceci menait régulièrement à des paradoxes et des contradictions. A Rotterdam par exemple, la police commença à un certain moment un programme d’échange de seringues pour les personnes arrêtées. En même temps elle continuait sa politique contre les points de vente d’une certaine envergure avec des perquisitions et des rafles qui chassaient les consommateurs vers les quatre coins de la ville – alors que c’est exactement par les circonstances hectiques dans lesquelles certains consommateurs (f/m) sont obligés à injecter leur produit qu’ils négligent même les mesures basales de prévention.

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Normalisation

Parallèlement à la montée internationale du concept de harm reduction, apparût au Pays-Bas l’idée de normalisation dans la politique en matière de drogues. Elle trouvait ses origines dans une étude influente, commandée par le gouvernement et paru en 1983. Les deux auteurs, Janssen et Swierstra, rejetaient trois options de base pour une politique intégrale de l’héroïne : le traitement obligatoire, la distribution régulée d’héroïne, et sa légalisation. En revanche, ils suggérèrent une quatrième option : l’intégration graduelle culturelle de la consommation d’héroïne. (Il faut savoir qu’à ce moment-là la consommation d’héroïne commençait déjà à être surpassée par celle de cocaïne et de crack.)

En tout cas, Janssen et Swierstra proposaient la « normalisation du rôle social de l’usager d’héroïne dans son environnement direct » et cela devrait se faire par la « normalisation de la distribution de substances alternatives par la décentralisation vers des postes de quartier à petite échelle ». Cette double approche aiderait à « neutraliser les effets du monde illégal de l’héroïne ». Au fond, la normalisation visait donc aussi bien la consommation d’héroïne que la politique en matière de cette drogue ; en somme, si l’on voulait réduire les coûts sociaux de la consommation d’héroïne, il faudrait envisager la mise en place d’une politique des drogues normale (comme pour l’alcool ou le tabac), qui ne regarderait pas les consommateurs de drogues illicites comme des criminels ou des déviants, mais comme des gens normaux.

A la base de l’approche de Janssen et Swierstra semblait donc se trouver l’idée que, bien que la consommation de certaines substances puisse être considérée comme « différente », cela ne devrait pas mener à un traitement social différent de celui de la population en général. Dans ce sens, plusieurs groupes d’intérêt sur le terrain des drogues illicites saluaient la signification émancipatoire du nouveau concept – comme c’était le cas au sein du Rotterdamse Junkiebond (RJB – Ligue des junkies de Rotterdam ; dans plusieurs communes les organisations de consommateurs de drogues illicites portaient le mont junkie en point d’honneur). Dorénavant il serait possible d’être différents dans la consommation de drogues et le style de vie, et en même temps d’être acceptés en tant que citoyens normaux.

Au même moment pourtant, pour d’autres il était clair que « normalisation » avait une signification négative, surtout dans le contexte de la politique en matière de sida. Un billet paru en 1987 dans l’« hebdomadaire d’action » Bluf ! à Amsterdam en témoigne. (Le texte qui suit est un peu absurde, en premier lieu parce qu’il est la traduction française d’une traduction en anglais que j’ai faite il y a très longtemps d’un texte en néerlandais, qu’aujourd’hui je ne possède plus.) Cela s’intitule La vengeance des Incas et débute par mentionner l’extermination des indiens sud-américains, non par les troupes de Pizzaro, mais par le fait qu’ils n’avaient pas de résistance contre les maladies que ceux-ci apportaient avec eux. La suite :

Nous sommes les sauvages modernes. Nous sommes la vengeance des Incas. Cent porteurs du sida suffiront pour des millions de gens … Oui ! voici un vrai anti-impérialisme ! Nous viendrons à piller votre or : votre santé ! Nous ruinons votre paradis fiscal ! Le sida n’est pas un virus – il est votre mauvaise conscience ! Le sida n’est pas une maladie, il est un destin – votre destin !

Puis, en référence aux évacuations violentes de divers grands immeubles squattés à Amsterdam :

Nous allons évacuer le monde occidental, nous fermons la civilisation intégrale ! Nous sommes déjà au-delà du risque, dès maintenant, c’est vous le groupe à risque ! … Votre angoisse de la mort nous fait grimacer. … Il n’y a que ceux qui ne craignent pas la mort, qui sont invulnérables. Il n’y a que ceux qui n’ont plus besoin d’un système de défense, qui peuvent passer par tout système de défense ! Et demain, c’est à vous !

Le texte continue dans le même style de desperado romantique (avec plein de points d’exclamation !) jusqu’à cette apothéose :

Pendant des années notre lutte a été dirigée contre le but de cette campagne internationale du sida : contre la normalisation, contre la résolution de problèmes médicaux et sociaux par leur liquidation ! … Nous avons toujours été séropositifs envers le système … Nos actions sont pleines de plaisir et elles sont mortelles ! Nous déclarons publiquement que nous pouvons atteindre notre but par le renversement bénéfique de tout ordre social existant jusqu’aujourd’hui ! Nous n’avons rien à perdre sauf notre santé ! Nous avons un monde à gagner ! Nous sommes les derniers des Incas !

SEROPOSITIFS DE TOUT LES PAYS – UNISSEZ-VOUS !

(Il ne reste que – le silence.)

Le sida en tant que tactique

Après la débâcle de l’expérience pilote d’échange de seringues dans le poste du Rotterdamse Junkiebond, la ligue menait en été 1986 un série de « discussions stratégiques » avec des membres d’organisations solidaires. La politique du sida jouait un rôle important dans ces séances. On constatait trois dangers importants qu’elle contenait pour les consommateurs de substances illicites. Tout d’abord il y avait la stigmatisation de consommateurs de drogues en tant que « groupe à risque » en matière de sida ; puis il y avait la consolidation du pouvoir des instances socio-médicales en matière de drogues, entre autres par le fait qu’il fallait y être enregistré comme client pour avoir accès à de la méthadone ou des pièces stériles ; enfin, on connaissait des cas états-uniens et allemands de criminalisation de séropositifs ou de malades du sida.

De l’autre côté, il était important pour les organisations de consommateurs que la prévention et le conseil en matière du sida soient au moins partiellement une responsabilité des consommateurs mêmes. Ils savaient aussi que ceci était conforme à la politique officielle gouvernementale et que plusieurs instances publiques étaient censées leur offrir des subventions pour améliorer leurs  capacités d’entraide et de distribution d’infos. En ce sens, le sida devint tout d’un coup une sorte de moyen tactique pour forcer les instances officielles à prendre au sérieux les consommateurs de substances illicites. La stratégie des junkiebonden était donc essentiellement négative ou défensive ; elle ne visait pas en première instance la démarcation de terrains à administrer. Néanmoins, on pouvait poursuivre cette stratégie défensive par des moyens ou des tactiques offensives, en premier lieu en  affirmant sa propre expertise unique en la matière et en réclamant les moyens de la traduire en actions.

Dans une des séances, quelqu’un disait : « Le sida est un bon thème, parce qu’il nous permet de marquer des points et il peut nous aider à parvenir à une position de pouvoir. » Ou encore : « Si aujourd’hui la Fédération néerlandaise des junkiebonden (FNJB) ne vaut pas vraiment grand-chose envers les autorités, il faudrait peut-être l’aider à valoir quelque chose par le biais du sida. » Dans cette période la politique du sida semblait un moyen tactique intéressant pour le RJB, aussi bien en externe (en prouvant son indispensabilité) qu’en interne (pour une restructuration des activités de la ligue). Et tout cela dans le but stratégique d’une nouvelle politique des drogues – qui d’ailleurs était en général formulée en termes de normalisation. Comme quelqu’un l’exprima dans une des discussions : « Les consommateurs de drogues devraient être acceptés intégralement, mais toute consommation de drogues, y compris celle d’alcool par exemple, devrait être modérée. » On était d’accord sur la nécessité d’une politique en matière de drogues, vu la « dangerosité » de la consommation de certaines substances, mais un telle politique devrait surtout élargir la base sociale pour une acceptation de la consommation de drogues et des consommateurs.

Concrètement, le RJB et ses partenaires avaient quelques plans et revendications. Comme une partie des consommateurs s’injectent leurs drogues, assez de pièces stériles (seringues, aiguilles, etc.) devraient être disponibles ; les instances de santé  municipales auraient un rôle primordial à jouer là. Toutes les instances municipales devraient en autre être convaincues de la nécessité de collaborer avec les organisations de consommateurs en matière de prévention. Les autorités devraient laisser tranquilles les endroits d’échange de seringues. Toutes les organisations devraient supporter le rôle officiel de la Fédération, afin qu’elle reçoive des subventions à distribuer entre les organisations et ligues locales. Et enfin, pour le groupe le plus vulnérable et le plus précaire d’entre les toxicomanes, ceux et celles qui gagnaient leur vie dans la prostitution de rue, la disposition médicale d’héroïne devrait être envisagée.

Mauvais pari

A première vue, et si l’on ne considère que les « livres blancs », les commissions et les conférences, il pourrait paraître que les tactiques de normalisation aient partiellement emporté du succès. En effet, pas trop longtemps après la constatation officielle que la prévention du sida chez les consommateurs de drogues devrait être une affaire des consommateurs eux-mêmes, leurs organisations furent acceptées comme interlocuteurs et conseillers (pas toujours avec beaucoup d’enthousiasme) par diverses instances et autorités.

En réalité, en tout cas en ce qui concerne le Rotterdamse Junkiebond, un important facteur dans le fiasco final des stratégies et tactiques était que la ligue et ses partenaires n’étaient pas à la hauteur pour jouer le rôle qu’elles s’étaient réservé. L’organisation n’était pas capable de gérer les conséquences de la nouvelle politique des drogues et du sida qu’elle avait elle-même partiellement développée. Plus de ressources et une grandissante acceptation de la consommation de drogues menaient simplement à plus de consommation personnelle par les membres de la ligue et une augmentation des problèmes de toxicomanie. Le vide que laissait le RJB fut rapidement occupé par diverses (nouvelles) instances professionnelles, qui elles aussi avaient découvert les énormes chances d’expansion qu’offrait l’argent du sida.

Le RJB peut avoir pensé à une normalisation par l’égalité dans la différence, ce qui s’est produit finalement est une normalisation par la suppression de différence. Rien nada vengeance des Incas. Même pas d’acceptation politique de la consommation de drogues ou des usagers (bien que l’acceptation sociale, en tout cas d’autres drogues que l’héroïne, ne semble pas causer trop de problèmes au début du 21ème siècle).