Natagora et l’éolien

« Mais, plus récentes et totalement inacceptables, sont les installations d’éoliennes en forêt. Car, oui, aujourd’hui, on grignote des forêts en Région wallonne pour installer des éoliennes ! » C’est Natagora qui l’écrit sur son portail, caractères gras et point d’exclamation inclus. Auraient-ils vu la lumière en 2020, ces protecteurs (f/m) de la nature autoproclamés wallons et bruxellois ? L’implantation de zonings éoliens en forêt n’est pourtant pas un phénomène récent. Mais quand EDF Luminus et la commune de Lierneux décidèrent en 2015 de déboiser six hectares pour l’implantation de six éoliennes, on ne les a pas entendus.

Selon Natagora il est essentiel que les luttes contre le réchauffement climatique et contre l’érosion de la biodiversité soient menées conjointement. « Et c’est là où le bât blesse. » Pour ce qui est des ambitions climatiques (= énergétiques) de la Région wallonne, l’organisation constate : « De nombreux projets éoliens émergent un peu partout sur le territoire. Le Plan air climat énergie wallon (PACE) 2030 prévoit d’atteindre une production d’électricité éolienne de 4 600 GWh/an à l’horizon 2030. Aujourd’hui, la production atteint 3 115 GWh/an. Si tous les projets soumis venaient à se réaliser, on atteindrait un total de 7 270 GWh/an. Tous ne verront bien sûr pas le jour, mais on a largement de quoi atteindre les objectifs 2030. »

Or, la construction de zonings éoliens a, toujours selon Natagora, un impact certain non seulement en ce qui concerne des questions paysagères, de bruit ou d’effets stroboscopiques, mais également en matière de protection de la biodiversité. Et de s’étendre un peu sur les menaces pour les oiseaux des plaines, pour le milan (en Haute Ardenne – où d’ailleurs Lierneux est situé), pour les chauves-souris, … Mais aussi sur le sol l’implantation de zonings éoliens a une emprise non négligeable : « Au-delà de la nécessaire préservation d’un cortège d’espèces fragilisées par la présence d’éoliennes, il est important de prendre également en compte l’emprise des parcs éoliens sur le sol. Au-delà des quelques mètres carrés nécessaire à l’implantation d’un mât, il faut imaginer les zones de sécurité et le charroi généré par le montage, l’utilisation et l’entretien des infrastructures. [-] Mais, plus récentes et totalement inacceptables, sont les installations d’éoliennes en forêt. Car, oui, aujourd’hui, on grignote des forêts en Région wallonne pour installer des éoliennes ! Cette artificialisation a des impacts sur la forêt en tant que paysage et espace naturel : création de route et de zones techniques rompant la tranquillité et l’unité des massifs, installation permanente de grandes infrastructures affectant les paysages, compaction des sols forestiers, risque d’apport d’espèces invasives, mortalité directe de certaines espèces, perte d’habitats pour d’autres. »

Il y a quoi de neuf là ? Si l’on avait écouté un peu les riverains et les populations touchées, l’organisation aurait pu savoir tout cela depuis des années. Pour la commodité les auteurs oublient d’ailleurs de mentionner les effets dévastateurs sur la qualité de vie des riverains.

Le texte conclut : « Bref, ce qui pourrait ressembler ici à un réquisitoire contre les éoliennes n’est en fait qu’une objectivation de leurs impacts. Natagora ne s’oppose pas à l’éolien, loin de là. À l’heure actuelle, nous n’avons d’ailleurs intenté de procédure juridique que dans trois dossiers sur les trente-deux projets en recours comptabilisés au 31 décembre 2019. Par contre, nous réclamons ardemment un cadre de référence réglementaire. Au-delà des questions de biodiversité, la situation est aujourd’hui tout à fait chaotique. Chaque situation fait s’opposer, au cas par cas, spéculateurs (belges ou étrangers), coopératives citoyennes, voisins, communes et associations de protection de la biodiversité.

Pour minimiser les impacts sur la biodiversité, il est impératif de s’éloigner des sites sensibles. Et une planification à l’échelle régionale est indispensable pour prendre en compte les effets cumulés des projets. Mais dès qu’une tentative de cartographie positive voit le jour, des pressions énormes montent des pouvoirs locaux pour ne pas voir s’implanter des parcs sur les territoires qu’ils gèrent. D’autres communes, moins regardantes, empochent donc des sommes rondelettes pour l’implantation anarchique de parcs en mauvaise situation. Il est plus qu’urgent que le politique remette sur le métier la planification du développement éolien, comme commencé en 2013. C’est pour Natagora la seule façon de concilier l’atteinte des objectifs énergétiques et des objectifs biodiversité. Tant que cela ne sera pas fait, il ne sera plus possible, à qui que ce soit, de motiver adéquatement un projet éolien. »

Un cadre de référence, il y en a un, datant de 2013 et déterminant les critères à respecter pour l’implantation d’éoliennes ; mais comme les auteurs le formulent eux-mêmes, ses dispositions sont assez souvent « allègrement outrepassées ». Et en ce qui concerne les procédures juridiques dans lesquelles Natagora a rejoint les adversaires des zonings éoliens : le petit nombre (trois sur trente-deux) démontre déjà le peu d’engagement de l’organisation.

Dans une note, le texte mentionne qu’une de ces procédures est dirigé contre « des collectifs citoyens qui tentent de faire leur part en terme de lutte contre le réchauffement climatique ». Assez triste, dit-on, parce qu’ainsi certaines parties de la société civile sont amenées à s’opposer à d’autres. Bof, ce n’est pas parce que certains groupements se présentent en tant que collectifs citoyens ou coopératives, qu’ils ne soient pas conduits par la soif de profit à court terme, ou qu’ils ne fonctionnent comme couverture pour des entreprises énergétiques – et tout cela sur le dos des riverains et en méprisant la biodiversité et l’environnement que Natagora est censé défendre. On pourrait penser p.e. à la coopérative Courant d’Air. Dans son rapport annuel 2016 elle mentionne, à propos de sa collaboration avec Electrabel dans la construction d’un zoning éolien en forêt à Trois-Ponts, qu’elle s’engage « à faire le travail de communication nécessaire pour rallier les citoyens et les administrations au projet ». Le collectif citoyen comme alibi.

Je ne sais pas très bien quoi penser de ce texte de Natagora. Si l’on veut croire à sa sincérité, il me semble un exemple typique du trop peu, trop tard ; les humains et la biodiversité mériteraient une meilleure protection que celle qu’offre l’organisation. D’autre part, le moment de parution me fait douter de ses intentions. En novembre 2017 le Conseil d’Etat annula un arrêté wallon de 2014 qui fixait les conditions sectorielles pour l’éolien, en maintenant toutefois ses effets pour une durée de trois ans. Cette période vient à échéance cet automne, et il est donc devenu urgent pour le gouvernement wallon et les promoteurs éoliens d’établir une nouvelle réglementation des constructions éoliennes –valide cette fois-ci. L’enquête publique, qui était une conditio sine qua non pour la légalité du nouvel arrêté vient d’être close ce mi-mai. Natagora, qui ne cesse d’insister sur l’urgence d’une planification réglementaire du secteur éolien, devrait donc soutenir de tout cœur l’initiative récente du gouvernement wallon pour ce qui s’appellera dorénavant « Arrêté du Gouvernement wallon portant conditions sectorielles relatives aux parcs d’éoliennes d’une puissance totale supérieure ou égale à 0,5 MW » et « Arrêté ministériel relatif aux études acoustiques des parcs éoliens ».

Or, dans l’enquête publique ces deux projets de plan ont fait l’objet d’un commentaire très critique de la part de 49 comités locaux et de 400 personnes, qui ont contribué à ou souscrit le texte publié et soumis par l’asbl VentdeRaison – WindmetRedelijkheid. Une critique générale est que – encore une fois – les textes que le gouvernement wallon a soumis à enquête publique et les modalités de celle-ci ne répondent pas aux exigences que posent les normes européennes en matière de consultation publique « relative à l’évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l’environnement ». Ce qui signifie : la soi-disant enquête publique était en large mesure un leurre, et en tant que tel rendra les deux arrêtés projetés légalement non valides. En conclusion pourtant, VdR-WmR est plus généreux :

Le premier document (projet de conditions sectorielles) est à rejeter. Il est notamment incomplet, partial, propose des modifications contraire au principe de standstill.

Le second document (projet d’arrêté ministériel) pourrait être accepté conditionnellement pour autant que les commentaires soient incorporés (voir commentaires détaillés) et l’aspect spécifique du bruit issu des éoliennes spécifiquement adressé.

Que va faire Natagora ? Se taire et se réjouir que le gouvernement wallon décrétera une nouvelle réglementation sur les éoliennes – même si celle-ci se débarrasse de toute participation de la population ? Or appeler à la résistance, afin de réellement contrer les attaques des promoteurs éoliens à la biodiversité et la qualité de vie des riverains ?

 

1000 meters

Here’s another ‘green’ one who would like to flood (‘volplempen’) the earth with wind turbines (see also Over duurzaamheid en actie). Boris Palmer is a member of the German party Bündnis 90/Die Grünen and Oberbürgermeister of the city of Tübingen in Baden-Württemberg. Unlike many other green politicians, this one openly declares that his main aim nowadays is the saving of the wind industry. What’s at stake?

The German (federal) government would like to impose a distance of at least 1000 meters between wind turbines and residential areas. This distance should be maintained quite rigidly. In the taz Palmer declares that a spacing of a thousand meters would eliminate about half of the possible sites for wind generators. Due to the widespread resistance of the population against the siting of any more wind energy production zones, construction firms are said to have lost up to 75% of building orders, compared to two years ago. So Palmer’s glad that at least in one other German Land the government is aware of the “drama” that the wind industry “is very short of an exit”. To really save this industry however, awareness is not enough, immediate drastic action is required, he says. Boris Palmer has a plan.

The federal government should provide new building orders for the wind generator companies to be able to bridge the actual dip in construction jobs. As long as there are no new and final decisions about new sites, these turbines should be stocked on the factory grounds. Then later, when and where the Grünen will rule, the implanting of the machines could start immediately. In the meantime, the Länder should create their own planning agencies to handle the “much too complicated procedures” for the approval of construction sites. These agencies should have the task of providing yearly a certain amount of appropriate locations – read: of circumventing or overruling local resistance and (judicial) procedures, a tactic very common indeed to many other countries where the population resists further degradation of their living environment. The Bundesverband Windenergie recently demanded the identification of two percent of the surface of each Bundesland for the construction of wind generator zones.

Boris Palmer is known as a green ‘realist’. This year he published a book, called Erst die Fakten, dann die Moral – Warum Politik mit der Wirklichkeit beginnen muss (‘First the facts, then morality – Why politics have to start from reality’), which is briefly mentioned in the Konkret issue of December 2019. There it reads that his focus on practical solutions for ‘reality’ inevitably leads to the acceptance of given situations and mental dispositions – not getting over them, but making them more tolerable. When it comes to fugitives, in 2017 he states that “we can’t help them all”, he has no problems with woods being cut down for industrial areas, with trees falling for wind generators, with monkeys being used in animal experiments, and neither with breathing fine dust and nitrogen oxide, since the economy and science need growth, that’s how they can function.

The interesting thing now is that Palmer seems to be vaguely aware of one of the paradoxes of the Energiewende that he so resolutely promotes within the premises of growth and progress – although he stops at thinking it through. In the beginning of the taz-interview he refers to the federal government subsidizing the buying of electric cars, “which will cause us to need much more electricity than we produce nowadays”. All right. But what if you aimed at reducing the number of cars, wouldn’t that help?  There’s a saying Endless growth is the logic of cancer cells. Tumours proliferate until they have killed the organism and in so doing destroyed themselves. The logic of capitalism is endless expansion and this logic is built upon credit. Growth must be financed through the expansion of money supply and the creation of new demand. But then again, to pay this credit further growth is necessary. An eternal treadmill. If you want  to solve the ‘problems of reality’ within the dictates of reality, you stay within the logic of capitalism. If you stay within he logic of capitalism, you stay within he logic of growth. If you stay within the logic of growth, you will forever be confronted with the problems of reality. And even the wind generator industry can’t stay a growing market forever – there are even physical limits to its possible expansion in populated regions.

O, is it that simple? No, of course not. Recently I read somewhere that Egypt is one of the most energy consuming countries of northern Africa. She would need an annual economic growth of 7% to be able to produce the energy required to provide basic things such as housing and food to her impoverished population – assuming of course that those in power would want to do that.  Seven percent growth in Egypt? Why not a global fair distribution of wealth instead? No, that would imply a transfer of wealth from the Western world to North Africa, and thus a relative slowing of wealth accumulation within western societies.

Do you need all this wealth accumulation around you? Take the example of the proliferation in Belgium of supermarkets. Right into the remotest corners of the kingdom, chains such as Aldi, Lidl, Carrefour, Albert Heyn, Colruyt, Delhaize, Alvo or Jumbo enter competition with one another with only one argument: cheap, cheaper, cheapest. Who profits from this growth? Not the staff – for them also the mantra is cheap, cheaper, cheapest: temporary or part-time contracts, ‘zero hour contracts’, students that are summoned via WhatsApp (the first one to react will have the assignment for the next day). Neither the producers and suppliers: everybody knows now about the human costs, here and in other continents, of this hunt for cheap food and household items. And yet, with the opening of a new Jumbo in the small municipality of Pelt for instance, the local retail market there will be saturated to more than two hundred percent. Those who stand to gain from this proliferation are not the consumers, but first of all the owners, super-rich families like the Schwarz (Lidl) and Albrecht (Aldi), or Colruyt and Delhaize.

How to get out of this? Dirk Bezemer in De Groene Amsterdammer talks about ‘repairing’ capitalism. But top-down policies, such as the Paris Climate Agreement or the European Green Deal won’t work as long as authorities serve the interests of banks, gas- and oil producers, industrial farming, etc. And the bottom-up repair through diminishing meat consumption, solar panels on the roof, investing in ‘green’ initiatives, local shopping … hits the limits of the habituation to comfort, consumption and seemingly endless possibilities.

OK, so let’s stay home tonight, and not take the car to drive to Brussels to go dining and attend a concert for which the artists came flying in from Canada (I first thought of Senegal or Bangladesh, but artists from countries like these don’t get a visa). We’ll spend the evening at home on the couch, munching locally grown carrots and drinking organic beer, and binge-watching whatever hyped series there is. German energy company Eon suggests that in 2018 video streaming has used worldwide as much electricity as Poland, Italy and Germany together: 200 billion kilowatt-hours. The assumption is somewhat dubious, due to a lack of hard figures, but certainly there is a so-called rebound-effect when it comes to digitalisation and IT-services. Electronic devices do need less and less energy  and so become more ecological. But at the same time, more and more people use these relatively cheap devices for increasingly more activities.

This all leads to a double paradox. Neoliberals who strive for continuous growth have exploited populations and governments to such a degree that these cannot guarantee growth any longer; and those who strive for an Energiewende throw themselves into alternatives that require growth and further destruction of living environments.

Mille mètres

Début octobre le gouvernement allemand publia son nouveau programme de protection du climat, le Klimaschutzprogramm 2030. On s’imagine le contenu : augmentation de la production d’énergie renouvelable (par éoliennes et panneaux solaires) ; renforcement des investissements dans des ‘gaz verts’ ; hausse des prix du diesel, de l’essence, du gaz naturel et du gasoil ; taxes sur les émissions de CO2 dans les secteurs du trafic et du bâtiment.

Ce qui est intéressant par contre est la reformulation de la règle des mille mètres de distance entre une éolienne et des habitations. Le texte stipule que désormais les éoliennes devront garder 1.000 mètres de distance avec des localités et villages et des « structures villageoises avec une habitation significative ». Au début, on doutait encore sur la signification de cette formule, mais maintenant le ministère des Affaires Économiques a soulevé un coin du voile. Le code de la construction (Baugesetzbuch) considèrerait désormais comme « structure villageoise » toute structure cohérente de plus de cinq habitations. En plus, la règle des mille mètres ne prendrait non seulement en compte les maisons existantes, mais également les chantiers futurs. Il n’y aurait pas d’exceptions pour des zones éoliennes existantes ; on ne pourra pas remplacer les éoliennes usées, si elles se trouvent dans ce périmètre de mille mètres autour d’un lotissement ou un noyau d’habitations.

Les promoteurs éoliens et leurs complices craignent que ces plans ne facilitent le refus de certaines communes à désigner des terrains pour des zones éoliennes. Mais dans certains cas, la réaction ressemble un peu la panique. Des « études » prouveraient que le maintien d’une distance de 1.000 mètres entre des habitations et des éoliennes réduirait l’espace disponible pour des turbines de 20 à 50 pourcent. Un autre promoteur déclara que la règle des mille mètres « mettrait pratiquement à l’arrêt l’extension de l’énergie éolienne ». Le ministère lui-même déclara par la suite qu’en effet, si la distance de 1.000 mètres ne s’appliquait non seulement à des villages mais également à des habitations dispersées, cela réduirait la superficie disponible pour des éoliennes d’environ 40 pourcent. Le ministère de l’Environnement a déclaré qu’il s’opposera contre le nouveau code de la construction.

(Enercon est un des plus grands constructeurs allemands d’éoliennes. L’entreprise vient d’annoncer la suppression de 3.000 postes. Les raisons principales selon le fabricant : la longue durée des procédures, le manque de superficie disponible et le grand nombre de complaintes citoyennes.)

Le Figaro

C’est Le Figaro, bien sûr, et l’enquête porte sur la situation en France, mais quand-même : plus de trente mille votants déjà sur la question « Énergie : les éoliennes sont-elles une bonne solution écologique ? »

http://www.lefigaro.fr/actualites/2018/08/06/01001-20180806QCMWWW00181-energie-les-eoliennes-sont-elles-une-bonne-solution-ecologique.php

Et plus de 500 commentaires, très divers et parfois très pertinents, comme ceux-ci, de Cer203 : « Si c’est si bien pourquoi faut il que les promoteurs avancent de façon aussi sournoise (secret des conseils municipaux et des avant-contrats avec les promoteurs, prétendue concertation au stade ultime alors qu’aucune évolution significative n’est possible) et avec autant de mensonge (impact fiscal sur les communes, production effective, impact immobilier avec aucune étude sérieuse récente, citations tronquées et faussées, sans vérification par les autorités délivrant les autorisations, photomontages montrant des éoliennes filiformes et floues , dissimulation sur les productions réelles et les loyers versés et j’en passe)? » ou celui-ci de Lupus Germanicus : « Bien sûr que les éoliennes sont une bonne solution. depuis quelques semaines il n’y a quasiment pas de vent et de plus c’est un phénomène naturel sous un anticyclone qu’il soit des Açores (chaud) ou de Sibérie (froid), il n’y a pas de vent. Sans parler de l’apport esthétique dans le paysage, le bruit, etc. En fait l’éolien n’est bien que pour ceux qui ont des parts dans ces entreprises (pas françaises en général) et pour ceux qui louent leur terrain – autrement aucune utilité. Technologie recommandée par quelqu’un dont on cherche encore les diplômes à l’exception du baccalauréat autrement dit rien. »

Ou encore montalbano di punta secca : « les éoliennes sont une manne pour des investisseurs peu scrupuleux qui s’en foutent complétement de la pollution visuelle – business is business ».

Moi, j’ajouterais : une manne non seulement pour des investisseurs peu scrupuleux, mais également pour des petits politiciens communaux et un ministre sans scrupules, tous achetés par les promoteurs éoliens.

Produire des euros

Sur le site francophone friends against wind vient de paraître un texte clair et bien élaboré d’Antoine Waechter : « Le scandale éolien – Le développement de l’éolien terrestre repose sur une escroquerie intellectuelle et politique. » Antoine Waechter est un homme politique français, membre du Mouvement écologiste indépendant (MEI). Il fut le candidat des Verts à l’élection présidentielle de 1988 et député européen de 1989 à 1991.

Le texte traite la situation française, bien spécifique avec son accent sur le nucléaire comme source d’énergie. Mais d’autre part, il y a aussi tant de ressemblances avec la situation wallonne, que j’ai cru pouvoir reprendre en grande partie le texte de Waechter en l’adaptant ici et là au contexte belgo-wallon. Alors voici.

 

Après avoir colonisé les champs de betteraves et de céréales du Hainaut, les aérogénérateurs investissent dorénavant les reliefs boisés des Ardennes, dénaturant les plus beaux territoires de la Belgique et dégradant l’environnement de dizaines de milliers de personnes.

L’énergie éolienne a, semble-t-il, la sympathie d’une petite majorité de nos concitoyens, mais suscite des dizaines de procès devant la juridiction administrative, jusqu’au Conseil d’État. Cette réalité contrastée oppose ceux qui ne connaissent que les photographies de pales blanches sur un fond de ciel bleu à ceux qui vivent la proximité de ces monstres technologiques. L’adhésion repose sur une double escroquerie intellectuelle et politique : l’éolien serait nécessaire pour se passer du nucléaire et pour limiter les gaz à effet de serre, plus largement l’avenir appartiendrait aux énergies renouvelables.

Au niveau actuel de consommation énergétique, le renouvelable est parfaitement incapable de remplacer les énergies à haute densité comme le pétrole et l’atome. Il serait nécessaire d’abîmer tous les cours d’eau, de piller la forêt et de couvrir la Belgique de panneaux solaires et de mâts géants pour atteindre cet objectif. Le cœur de la transition énergétique ne peut raisonnablement être qu’une réduction radicale de la consommation : tous les connaisseurs en conviennent. L’escroquerie politique est de taire cette vérité. Au contraire même, on encourage l’accroissement de la consommation d’électricité, par exemple par une électrification du parc des voitures de société. L’investissement dans les nouvelles technologies de production d’électricité en veillant à ne rien changer à nos modes de vie et à notre organisation socio-économique consiste à poursuivre le modèle de développement à l’œuvre depuis près de deux siècles. C’est plus confortable politiquement … et nous achemine vers l’impasse en toute bonne conscience.

En général, l’éolien n’a qu’une place instable dans le mixte énergétique belge ou wallon. Une énergie aléatoire suppose des relais rapidement mis en œuvre, comme des centrales hydroélectriques ou des centrales thermiques. En Belgique, le développement des centrales au gaz semble être le corolaire obligé de l’éolien. En d’autres termes, le développement de l’éolien exige le développement conjoint de centrales mobilisant des énergies fossiles et ne constitue pas, en soi, une réponse à la dérive climatique.

Des milliers de personnes en souffrance

La multiplication des parc éoliens massacre les paysages et provoque la souffrance de milliers de personnes. Pour atteindre la rentabilité, les développeurs installent dorénavant des engins de 200 mètres de haut (pâles + mât), soit quatre à six fois plus que les objets déjà existants comme les clochers, les flèches de cathédrale, les pylônes de lignes très haute tension …

De grands voiliers, comme les rapaces, sont tués par les pâles, tandis que les poumons des chauves-souris éclatent sous l’effet de la dépression d’air créée par leur mouvement. Chaque éolienne vide un espace d’environ 1,8 hectare de tout vertébré (oiseaux et mammifères notamment), soit neuf hectares par zone de cinq machines, ce qui est sans incidence majeure dans un champ de maïs ou dans le port d’Anvers par exemple, mais très impactant au-dessus d’une forêt.

Le scandale de l’État complice

Le scandale tient au fait que les gouvernements (et une bonne part des collèges communaux) ont livré le pays aux spéculateurs du vent. Les autorités ne cessent de faire évoluer les règles pour satisfaire le lobby des promoteurs éoliens. Dernier cadeau en Région wallonne : le ministre Di Antonio (CDH) a réussi à contourner le pourtant bien officiel Cadre de référence pour l’implantation d’éoliennes en Région wallonne, approuvé par le Gouvernement wallon en 2013, en octroyant des permis pour la construction de zonings éoliens en zone forestière, sans que les conditions prévues soient remplies. Ou plus en général : que ce soit en Wallonie, à Bruxelles ou en Flandre, les ministres compétents veulent rendre plus difficile les recours contentieux des riverains ou des associations de citoyens.

L’éolien ne fait pas bon ménage avec la démocratie. Les projets d’aérogénérateurs ne font jamais l’objet d’un référendum local et se développent le plus souvent dans la plus grande discrétion – même au niveau communal – pour ne pas alerter les riverains ou les  défenseurs du paysage et du cadre de vie. Ainsi, loin de défendre la population, les Régions et pas mal de communes font le jeu des spéculateurs internationaux du vent contre l’intérêt des citoyens.

Pas toutes les communes, bien sûr. Il y en a où les autorités locales se joignent aux riverains pour défendre ensemble les intérêts des citoyens menacés. Mais il y en a hélas également beaucoup d’autres, prenons pour exemple Lierneux en Haute Ardenne, où le collège et le conseil communaux sacrifient une partie de la population et de l’environnement, aveuglés qu’ils sont par l’avarice, l’ignorance et les mythes que leur font avaler les promoteurs professionnels sur l’énergie durable et le profit escompté à court terme.

L’énergie entre les mains du capitalisme international

L’installation d’un zoning éolien se joue en plusieurs phases. Dans un premier temps, un développeur d’éoliennes contacte les maires ou les conseils communaux et leur vante les bénéfices financiers à attendre d’une implantation. En cas d’accord, il monte le dossier, fait faire les études d’incidences prescrites (par des bureaux spécialisés qui ont tout intérêt à délivrer un rapport positif, afin d’obtenir d’autres ordres), contribue à l’enquête publique, défend le projet au niveau administratif et au Conseil d’État. Coût de l’opération : difficile à estimer, mais les chiffres avancés varient entre 200.000 euros par éolienne et environ 1 million d’euros pour un zoning.

En 2015 le magazine MO* a calculé le coût d’une seule éolienne. Le prix d’une turbine de 2300 kilowatt reviendrait à 2,46 millions d’euros. Mais l’achat de cette éolienne ne constituerait qu’environ 77% de l’investissement total. Il faut y ajouter les frais de raccordement, les ouvrages voisins (chemins d’accès, fondations, …) et les coûts opérationnels (entretien, coûts généraux d’exploitation, location des terrains, …).

Enfin l’énergie produite par les éoliennes est vendue au distributeurs d’électricité. Mais comme les coûts de production éolienne sont supérieurs aux prix de marché d’électricité, l’État,  c’est-à-dire les contribuables, complète la somme que reçoivent les producteurs éoliens pour qu’ils puissent quand-même faire du profit.

Tous les acteurs gagnent, sauf le consommateur. Le développement de l’éolien industriel est d’abord une affaire de gros sous : la principale motivation n’est pas de produire des kW-heures mais des euros dans un cadre sans risque puisque garanti par l’État.

Pour une transition énergétique intelligente

Une transition énergétique intelligente suppose le courage de fixer comme objectif central la réduction de la consommation d’énergie, quelle qu’en soit la source, et de définir une stratégie au service de cet objectif : interdiction du chauffage électrique, limitation des éclairages nocturnes, réduction des déplacements imposés en voiture par une interdiction de construire des zones d’activités près des échangeurs routiers et de grandes surfaces commerciales en périphérie de ville, terminaison du système fiscal des voitures de société, isolation des bâtiments, interdiction de construire des bâtiments énergivores … À chaque région, un mixte énergétique conforme à son tempérament. Les aérogénérateurs n’ont pas leur place dans les espaces naturels, les montagnes et les forêts, ni dans le champ de visibilité de nos monuments. En général, on aura besoin  de culture plutôt que de croissance : garder et cultiver le niveau acquis d’enseignement, de santé, de sécurité, de l’état de droit, … sans pour autant produire et consommer toujours plus, plus, plus.

 

Merci, Antoine Waechter

Minimiser les effets

« On va trop vite, c’est clair. Mais on ne peut plus attendre pour faire des études car le réchauffement climatique aura, lui, des conséquences bien plus dommageables. On doit avancer et minimiser ensuite ces effets. »

C’est Jan Vande Putte, chargé de mission « Energie » chez Greenpeace, qui dit cela dans Médor N° 10, lorsqu’il parle de l’impact des éoliennes en mer du Nord sur la faune et la flore. Selon lui, il faut encore plus d’études sur les effets désastreux de ces éoliennes, mais ça ne doit pas nous empêcher de continuer déjà la destruction qu’elles causent. Les effets néfastes, on les minimisera plus tard.

Cela me rappelle un peu l’idéologie de la war on drugs . Persister, même si l’on sait que c’est une guerre que l’on ne peut gagner, que les dommages collatéraux sont gigantesques et que les victimes se trouvent partout : les consommateurs mêmes, leurs familles et relations, leur environnement sociétal, la société toute entière qui paye cette « guerre » en dégradation des principes de l’Etat de droit et en augmentation des problèmes de santé secondaires (http://durieux.eu/blog/vehikel). A partir de 1985, un objectif formel de la politique en matière de drogues du ministère de la Santé néerlandais était de « prévenir autant que possible que les consommateurs (de drogues illicites) subissent plus de dommages à cause des effets de la criminalisation que par le seul usage des produits eux-mêmes » (voir http://durieux.eu/sites/default/files/drugsbeleid_1993.pdf, p. 15).

L’impact négatif mentionné dans Médor porte sur les éoliennes offshore, et même sans études supplémentaires, c’est du sérieux. « Un bruit sous-marin assourdissant » causé par le pilonnage de pylônes de cinq mètres de diamètre à l’aide de marteaux hydrauliques ; une fois les éoliennes opérationnelles, des sons subaquatiques, et au-dessus de l’eau les pales qui produisent un son ambiant permanent et menaçant les oiseaux migrateurs ; bref, un vacarme aussi bien subaquatique qu’à haute intensité, qui amène l’océanographe Alain Norro à parler de « poubelles sonores ».

Et puis, il y a la pollution chimique. L’entretien des éoliennes en zone maritime belge nécessiterait 8 000 trajets par an. Un géologue français maintient que l’on pulvérise des produits chimiques sur les pales – et donc dans la mer – pour contrer la grasse et le gel. Et contre la corrosion des mâts, on emploierait des anodes sacrificielles, de petits blocs d’aluminium et de zinc qui sont destinés à s’oxyder et à se dégrader dans l’eau à la place de l’acier sur lequel ils sont posés. Médor fait le compte : « Dans un document confidentiel, le promoteur français Engie prévoit 32 tonnes d’anodes par fondation (éolienne, mât de mesure, poste électrique en mer). Soit plus de 2 000 tonnes pour une ferme de 64 moulins. Même précision en ce qui concerne leur dégradation : 75 tonnes d’aluminium seront rejetées chaque année dans la mer ! Auxquelles il faut ajouter 4 tonnes de zinc, un métal bien plus toxique encore. A l’échelle des parcs belges (500 éoliennes), cela représenterait plus de 600 tonnes de métaux noyés chaque année. »

Avancer et minimiser ensuite ces effets ? Médor se demande plutôt : « Des éoliennes qui polluent, une lubie d’activistes en mal d’activités ? » (Une question pertinente, qui ne perd pas de poids lorsqu’on considère les zonings dont les promoteurs éoliens et leur ministre Carlo Di Antonio parsèment le territoire wallon.)

Alors justement le Parlement des Choses vient d’ouvrir l’ambassade de la mer du Nord. Il s’agit d’une  ambassade réelle et virtuelle, où les choses, les plantes, les animaux et les humains peuvent s’exprimer. On y travaille au nom de la mer du Nord à un plaidoyer qui sera présenté fin juin à Den Haag (La Haye). L’objectif est une recherche en profondeur sur notre relation avec  la mer. « On cohabite avec la mer. Elle nous émerveille et nous nourrit ; c’est d’elle que nous sommes issus. » Tandis que la mer s’agite de mille façons, nous l’avons toujours crainte et domptée. Et les organisateurs de demander : « Quelle est en l’an 2018 notre relation avec notre plus grand espace publique ? Qu’est-ce qu’elle a à nous raconter ? Comment améliorer notre relation avec la mer du Nord, au bénéfice de la vie humaine et non humaine et de la vie des générations futures ? Tout le monde peut contribuer en faisant entendre le maximum de voix, d’idées et d’opinions. Que dirait la mer du Nord elle-même ? Quels sont les intérêts des poissons, des oiseaux, des algues ? Que disent les éoliennes, les pêcheurs et les ports ? »

Chacun.e peut introduire un texte, une motion, une idée, une suggestions ou un appel au nom d’une algue, d’un grain de sel, d’un port, d’une moule, d’un poisson, d’une éolienne, d’un être humain ou de toute autre entité qui fait partie de la mer du Nord et de son environnement. Ces motions peuvent être gaies ou fâchées, poétiques ou scientifiques, pleines d’espérance ou de désarroi, mais surtout elles devront faire avancer la recherche sur notre cohabitation avec (toutes les entités de) la mer.

 

Petite note sur la newspeak.

Aussi Médor ne semble pas échapper à la novlangue que l’on essaie de toute part à imposer lorsqu’il s’agit des zonings éoliens. « Une ferme de 64 moulins » ? Ou plus fréquemment: des « parcs éoliens » ? Ou même des « champs d’éoliennes » ?

Ce que l’on construit ici et là et partout n’a rien à voir avec une ferme ou un parc ou un champ. Il s’agit au contraire de vraies centrales énergétiques, consistant d’énormes machines bruyantes, parfois d’une hauteur de 180 mètres. Au fond, ce sont des fabriques.

Aussi en néerlandais, on parle de windmolens, moulins à vent. Mais ces machines n’ont qu’une vague ressemblance à des moulins à vent. Elles ne moulent ou ne drainent rien ; les ailes ressemblent plutôt à une hélice tripale. Traditionnellement les moulins à vent ou à eau étaient intégrés dans le paysage ; les éoliennes des nouveaux zonings surmontent de cinq à six fois même les plus hauts arbres qui ont eu la chance de ne pas être abattus.

Les promoteurs éoliens et leurs complices dans les médias et les pouvoirs publics cherchent de toutes forces à donner l’impression que, comme il s’agit de vent, l’industrie éolienne est par définition verte, naturelle, écologique, etc. Mais aussi bien en mer que sur terre, les nouvelles centrales éoliennes sont surtout dévastatrices et nuisibles pour tout être vivant dans leur environnement. Ce ne sera pas la première fois que la recherche du profit des puissants est déguisée en intérêt général anodin.