Produire des euros

Sur le site francophone friends against wind vient de paraître un texte clair et bien élaboré d’Antoine Waechter : « Le scandale éolien – Le développement de l’éolien terrestre repose sur une escroquerie intellectuelle et politique. » Antoine Waechter est un homme politique français, membre du Mouvement écologiste indépendant (MEI). Il fut le candidat des Verts à l’élection présidentielle de 1988 et député européen de 1989 à 1991.

Le texte traite la situation française, bien spécifique avec son accent sur le nucléaire comme source d’énergie. Mais d’autre part, il y a aussi tant de ressemblances avec la situation wallonne, que j’ai cru pouvoir reprendre en grande partie le texte de Waechter en l’adaptant ici et là au contexte belgo-wallon. Alors voici.

 

Après avoir colonisé les champs de betteraves et de céréales du Hainaut, les aérogénérateurs investissent dorénavant les reliefs boisés des Ardennes, dénaturant les plus beaux territoires de la Belgique et dégradant l’environnement de dizaines de milliers de personnes.

L’énergie éolienne a, semble-t-il, la sympathie d’une petite majorité de nos concitoyens, mais suscite des dizaines de procès devant la juridiction administrative, jusqu’au Conseil d’État. Cette réalité contrastée oppose ceux qui ne connaissent que les photographies de pales blanches sur un fond de ciel bleu à ceux qui vivent la proximité de ces monstres technologiques. L’adhésion repose sur une double escroquerie intellectuelle et politique : l’éolien serait nécessaire pour se passer du nucléaire et pour limiter les gaz à effet de serre, plus largement l’avenir appartiendrait aux énergies renouvelables.

Au niveau actuel de consommation énergétique, le renouvelable est parfaitement incapable de remplacer les énergies à haute densité comme le pétrole et l’atome. Il serait nécessaire d’abîmer tous les cours d’eau, de piller la forêt et de couvrir la Belgique de panneaux solaires et de mâts géants pour atteindre cet objectif. Le cœur de la transition énergétique ne peut raisonnablement être qu’une réduction radicale de la consommation : tous les connaisseurs en conviennent. L’escroquerie politique est de taire cette vérité. Au contraire même, on encourage l’accroissement de la consommation d’électricité, par exemple par une électrification du parc des voitures de société. L’investissement dans les nouvelles technologies de production d’électricité en veillant à ne rien changer à nos modes de vie et à notre organisation socio-économique consiste à poursuivre le modèle de développement à l’œuvre depuis près de deux siècles. C’est plus confortable politiquement … et nous achemine vers l’impasse en toute bonne conscience.

En général, l’éolien n’a qu’une place instable dans le mixte énergétique belge ou wallon. Une énergie aléatoire suppose des relais rapidement mis en œuvre, comme des centrales hydroélectriques ou des centrales thermiques. En Belgique, le développement des centrales au gaz semble être le corolaire obligé de l’éolien. En d’autres termes, le développement de l’éolien exige le développement conjoint de centrales mobilisant des énergies fossiles et ne constitue pas, en soi, une réponse à la dérive climatique.

Des milliers de personnes en souffrance

La multiplication des parc éoliens massacre les paysages et provoque la souffrance de milliers de personnes. Pour atteindre la rentabilité, les développeurs installent dorénavant des engins de 200 mètres de haut (pâles + mât), soit quatre à six fois plus que les objets déjà existants comme les clochers, les flèches de cathédrale, les pylônes de lignes très haute tension …

De grands voiliers, comme les rapaces, sont tués par les pâles, tandis que les poumons des chauves-souris éclatent sous l’effet de la dépression d’air créée par leur mouvement. Chaque éolienne vide un espace d’environ 1,8 hectare de tout vertébré (oiseaux et mammifères notamment), soit neuf hectares par zone de cinq machines, ce qui est sans incidence majeure dans un champ de maïs ou dans le port d’Anvers par exemple, mais très impactant au-dessus d’une forêt.

Le scandale de l’État complice

Le scandale tient au fait que les gouvernements (et une bonne part des collèges communaux) ont livré le pays aux spéculateurs du vent. Les autorités ne cessent de faire évoluer les règles pour satisfaire le lobby des promoteurs éoliens. Dernier cadeau en Région wallonne : le ministre Di Antonio (CDH) a réussi à contourner le pourtant bien officiel Cadre de référence pour l’implantation d’éoliennes en Région wallonne, approuvé par le Gouvernement wallon en 2013, en octroyant des permis pour la construction de zonings éoliens en zone forestière, sans que les conditions prévues soient remplies. Ou plus en général : que ce soit en Wallonie, à Bruxelles ou en Flandre, les ministres compétents veulent rendre plus difficile les recours contentieux des riverains ou des associations de citoyens.

L’éolien ne fait pas bon ménage avec la démocratie. Les projets d’aérogénérateurs ne font jamais l’objet d’un référendum local et se développent le plus souvent dans la plus grande discrétion – même au niveau communal – pour ne pas alerter les riverains ou les  défenseurs du paysage et du cadre de vie. Ainsi, loin de défendre la population, les Régions et pas mal de communes font le jeu des spéculateurs internationaux du vent contre l’intérêt des citoyens.

Pas toutes les communes, bien sûr. Il y en a où les autorités locales se joignent aux riverains pour défendre ensemble les intérêts des citoyens menacés. Mais il y en a hélas également beaucoup d’autres, prenons pour exemple Lierneux en Haute Ardenne, où le collège et le conseil communaux sacrifient une partie de la population et de l’environnement, aveuglés qu’ils sont par l’avarice, l’ignorance et les mythes que leur font avaler les promoteurs professionnels sur l’énergie durable et le profit escompté à court terme.

L’énergie entre les mains du capitalisme international

L’installation d’un zoning éolien se joue en plusieurs phases. Dans un premier temps, un développeur d’éoliennes contacte les maires ou les conseils communaux et leur vante les bénéfices financiers à attendre d’une implantation. En cas d’accord, il monte le dossier, fait faire les études d’incidences prescrites (par des bureaux spécialisés qui ont tout intérêt à délivrer un rapport positif, afin d’obtenir d’autres ordres), contribue à l’enquête publique, défend le projet au niveau administratif et au Conseil d’État. Coût de l’opération : difficile à estimer, mais les chiffres avancés varient entre 200.000 euros par éolienne et environ 1 million d’euros pour un zoning.

En 2015 le magazine MO* a calculé le coût d’une seule éolienne. Le prix d’une turbine de 2300 kilowatt reviendrait à 2,46 millions d’euros. Mais l’achat de cette éolienne ne constituerait qu’environ 77% de l’investissement total. Il faut y ajouter les frais de raccordement, les ouvrages voisins (chemins d’accès, fondations, …) et les coûts opérationnels (entretien, coûts généraux d’exploitation, location des terrains, …).

Enfin l’énergie produite par les éoliennes est vendue au distributeurs d’électricité. Mais comme les coûts de production éolienne sont supérieurs aux prix de marché d’électricité, l’État,  c’est-à-dire les contribuables, complète la somme que reçoivent les producteurs éoliens pour qu’ils puissent quand-même faire du profit.

Tous les acteurs gagnent, sauf le consommateur. Le développement de l’éolien industriel est d’abord une affaire de gros sous : la principale motivation n’est pas de produire des kW-heures mais des euros dans un cadre sans risque puisque garanti par l’État.

Pour une transition énergétique intelligente

Une transition énergétique intelligente suppose le courage de fixer comme objectif central la réduction de la consommation d’énergie, quelle qu’en soit la source, et de définir une stratégie au service de cet objectif : interdiction du chauffage électrique, limitation des éclairages nocturnes, réduction des déplacements imposés en voiture par une interdiction de construire des zones d’activités près des échangeurs routiers et de grandes surfaces commerciales en périphérie de ville, terminaison du système fiscal des voitures de société, isolation des bâtiments, interdiction de construire des bâtiments énergivores … À chaque région, un mixte énergétique conforme à son tempérament. Les aérogénérateurs n’ont pas leur place dans les espaces naturels, les montagnes et les forêts, ni dans le champ de visibilité de nos monuments. En général, on aura besoin  de culture plutôt que de croissance : garder et cultiver le niveau acquis d’enseignement, de santé, de sécurité, de l’état de droit, … sans pour autant produire et consommer toujours plus, plus, plus.

 

Merci, Antoine Waechter

 

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