Un monde sans frontières

Un des thèmes sur lesquels est construit ce site s’appelle a better life – une meilleure vie. Mais, comme tient à le préciser le philosophe africain Achille Mbembe, nous avons hérité d’une histoire dans laquelle il paraît normal que la meilleure vie des uns soit le fruit du sacrifice constant de celle d’autres. Un instrument crucial dans ce mécanisme de bénéfices et pertes, de mieux et pire, est la redistribution de la terre – non seulement dans un sens concret, mais aussi comme concept : l’attribution et la reconnaissance de la terre où l’on pourra vivre sa vie.

En effet, si les uns croient pouvoir rendre leur monde plus sûr et sauf en éliminant tout risque, ambiguïté ou incertitude et en s’enfermant une bonne fois pour toutes dans une identité fixe, leurs politiques envers les autres n’envisagent pas seulement le contrôle des corps de ceux-ci, mais aussi bien de leurs mouvements, leur mobilité.  Les politiques actuelles de libre échange et de contrôle des migrations acceptent bien le principe de libre circulation. Libre circulation de capital, libre circulation de marchandises ou de services … oh oui ! mais la libre circulation de personnes est restreinte à celles originaires des états économiquement riches.  

La production d’images et de récits catastrophiques sur des futurs apocalyptiques tourne à plein régime, que ce soit sur les terrains de la migration ou du climat – pour autant que les deux ne soient pas liés. Dans ce contexte le principe de libre circulation est considéré simultanément comme une manifestation de liberté et comme une menace à l’ordre – l’ordre étant l’organisation de rapports de propriété inégaux et la manifestation de suprématie culturelle. Ce n’est d’ailleurs même pas le principe en-soi de la libre circulation des personnes qui est conçu comme une menace à l’ordre public, mais plutôt la circulation incontrôlable de personnes présumées inassimilables. Et c’est exactement là que l’aspect « racial » et la situation économique et sociale se renforcent. (Rappelez-vous comment le Japon, qui fut dès le début en 1920 membre permanent du conseil de la Société des Nations, après quelques années devint de plus en plus agressif dans la région et enfin se retira de l’organisation en 1933 par frustration de ne pas être reconnu parmi les pouvoirs coloniaux « blancs » comme la France ou la Grande Bretagne.)

Une part de la circulation est donc perçue comme manifestation de liberté (la circulation de capital, de marchandises, de services, et de personnes issues de l’ordre établi), une autre part est considérée comme dangereuse (la circulation des personnes extérieures à cet ordre). Ce que l’on essaie de faire alors, est gérer et contrôler la mobilité et la circulation des personnes étrangères en renforçant les frontières – géographiques, politiques, physiques, mais également celles imaginaires, narratives, mentales – qui sont érigées pour défendre la meilleure vie des uns en sacrifiant celle des autres.

Pourtant, le concept même de frontière implique qu’elle puisse être franchie. Une frontière que l’on ne pourrait pas franchir serait une limite ou une fin ou un terminus. En paraphrasant une farceuse que l’on préférerait oublier : Une frontière a toujours pour fonction d’être traversée. A tel point même que l’idée d’un monde sans frontières est de tous les temps. Utopique ? Certainement, l’idée même d’utopie fait référence à un lieu sans frontières, sans localisation exacte, sans détermination précise. L’imagination peut avoir ses limites, mais elle est sans frontières.

En tout cas, s’il y a un facteur qui a contribué au changement et à la transformation du monde, c’est bien la mobilité, la circulation de gens et la traversée de frontières. Historiquement l’échange à longue distance de contacts, de récits et de personnes a toujours été crucial à la production d’ expressions culturelles, de modèles politiques, de développements sociaux ou économiques. La mobilité, peut-être plus encore que la lutte des classes, a toujours été le moteur de l’histoire. (Negri et Hardt ont, dans Empire, magistralement combiné les deux dans leur analyse politique du monde contemporain.)

Réseaux et carrefours. Vous me direz que de nos jours il n’est plus nécessaire que les gens communiquent et se rencontrent physiquement. Tout le monde peut rester à sa place et capter ou informer le reste du monde. Oui, mais le monde est plus qu’un conglomérat de lignes et de points virtuels. C’est la mobilité qui produit la conscience d’espace-temps, nécessaire pour tout développement social.  Une meilleure vie ne peut être basé sur l’accumulation de biens et la peur de l’autre. La panique qui semble dominer aujourd’hui les attitudes politiques et sociales de beaucoup de gens engendre des politiques agoraphobes. Toute politique qui multiplie l’austéritaire par le sécuritaire et l’identitaire creuse en peu plus le fossé entre les démunis et ceux qui croient avoir sauvé leur petit bout de terre. Mais plus tard, quand la distinction sera devenue celle entre victimes et bourreaux, une bonne part de ceux qui se croient saufs maintenant, risquent de se retrouver du côté des perdants.

Ceux et celles qui ne cessent de manifester leur angoisse concernant l’évolution du climat savent déjà que leur problème outrepasse les frontières. Mais il en va de même pour la peur des effets de la mondialisation. Ce dont on a besoin est un imaginaire sans frontières, qui englobe une vision sur la vie humaine et non-humaine, sur le sol et la nature, sur la technologie, l’art et la distribution de richesses matérielles et immatérielles. Oui, le fascisme et le national-socialisme ont été l’expression de la volonté du peuple triomphant, sûr de sa souveraineté et de sa supériorité. Mais dire que ces philosophies du mépris ont apporté un brin de bonheur ou une meilleure vie ?

 

Atlantische oversteek

In 1939, aan het einde van de Spaanse burgeroorlog, werden ruim 20.000 republikeinen afgemaakt tijdens de zogenaamde operaciones de castigo y de limpieza (straf- en zuiveringsoperaties). Meer nog stierven er in de concentratiekampen, de gevangenissen en de werkkampen van het Franco-regime. Duizenden gevangenen uit de burgeroorlog eindigden in Duitse kampen. Van het half miljoen vluchtelingen die in enkele weken tijd de Pyreneeën waren overgestoken stierven er veel in de Franse interneringskampen. Vluchtelingen die de Franse overheid voor ‘gevaarlijk’ hield, werden overgebracht naar het Algerijnse kamp van Djelfa. In het algemeen verliep de repressie door het Franco-regime volgens het model dat de Generalísimo en zijn trawanten eerder in Noord-Afrika hadden uitgewerkt. Voor hen was er weinig verschil tussen het Spaanse proletariaat en de Marokkanen: allebei een inferieur ras, dat je met meedogenloos geweld moest onderwerpen. De Engelse historicus Paul Preston spreekt van een Spaanse holocaust.

Voeg daarbij de algemene toestand van extreme ellende na de oorlog: het gemiddelde inkomen per hoofd daalde op een bepaald ogenblik tot onder de laagste niveaus uit de negentiende eeuw. Niet moeilijk om te begrijpen dat niet alleen politieke opposanten probeerden weg te komen, maar ook tallozen die de vlucht namen voor de werkloosheid en de honger. De Spaanse overheid probeerde de emigratie zoveel mogelijk tegen te gaan, onder meer met allerlei bureaucratische maatregelen. Voor velen die de Atlantische oceaan wilden oversteken naar het beloofde land van Amerika, werd de tocht ofwel onbetaalbaar, ofwel legaal onmogelijk. Getuigen die het allemaal zelf hebben meegemaakt zijn er steeds minder, maar er is onderzoek en literatuur over te vinden, bijvoorbeeld over de clandestiene migratie vanuit de Canarische eilanden naar Venezuela in de jaren 1940 en 1950.

Tot de eerste decennia van de twintigste eeuw was de emigratie – legaal en illegaal – van canarios naar Amerika bijna een traditie. Die werd onderbroken tijdens de Republiek, maar kwam weer volop op gang na de (burger)oorlog, en dan vooral naar een land in volle ontwikkeling: Venezuela. Nacht na nacht scheepten clandestiene migranten in op scheepjes, ofwel gecharterd door mensen die politiek vervolgd werden, of anders voor veel geld ter beschikking gesteld door wie een kans op winst zag. De ‘politieke’ overtochten waren over het algemeen beter georganiseerd en minder duur; men betaalde wat men kon (soms alleen proviand of een geit), en men waakte ervoor de boot niet te overladen en zo mogelijk een minimum aan veiligheid te garanderen. De speculanten daarentegen eisten grote bedragen – waarvoor de emigranten zich vaak in de schulden moesten steken bij vrienden en familie –, en overlaadden de boten, die vaak alleen maar een geïmproviseerde bemanning hadden van migranten zelf.

De scheepjes waren overwegend vissersboten of kleine coasters, die konden gemist worden door de lokale eigenaars omdat zij toch in slechte staat waren, weinig navigatie-instrumenten hadden, en een motor die het niet noodzakelijk de hele overtocht zou uithouden (was het niet vanwege onherstelbare technische mankementen,  dan wel door gebrek aan brandstof). Het enige wat de opvarenden dan nog voortdreef, waren de passaatwinden, die vanaf de Canarische eilanden altijd naar het westen waaien. Wie zonder brandstof uit de koers van de passaatwinden geraakte, liep het risico om gewoon te blijven dobberen, terwijl intussen wel de voorraden en het water op geraakten. Als alles goed ging, en het scheepje niet aanspoelde op de kusten van Senegal, Guyana of Brazilië, kon men Venezuela bereiken in vijfentwintig tot dertig dagen, maar veel vaker werden het er veertig, zestig, of nog meer. Van grote lijnschepen was meestal geen hulp te verwachten; soms werd er wat voedsel en water over boord gezet, of gaf men aan welke koers aan te houden om Venezuela te bereiken.

Wie uiteindelijk zijn bestemming haalde kwam terecht in een staat die zich voortdurend heen en weer bewoog tussen militaire dictatuur en korte perioden van democratie. Het was dan ook altijd afwachten hoe de ontvangst zou zijn. Het eerste scheepje dat na de oorlog Venezuela haalde, de Mariuchi, had een groep anti-franquisten aan boord. Zij werden met enige welwillendheid ontvangen door de sociaaldemocratische regering van Rómulo Gallegos, die geen diplomatieke banden onderhield met Spanje en de vluchtelingen registreerde en verblijfsdocumenten bezorgde. Maar na de staatsgreep van 1948 kwam een militaire junta aan het bewind; die knoopte weer banden aan met het Franco-regime en beschouwde de immigranten als “ongewensten, delinquenten, communisten en piraten”.

Men verhinderde de bootjes om de havens binnen te varen, of ze werden weer naar volle zee gesleept. De migranten reageerden door hun scheepjes te laten zinken of tegen de rotsen te laten lopen of anderszins te doen stranden, zodat de autoriteiten gedwongen werden hen aan land te nemen. Daar werden zij dan echter gearresteerd en getransporteerd naar de kampen voor dwangarbeid op eilandjes als Gualsina of Orchila. Later werden zij gewoon opgesloten in gevangenissen of in kampen op het vasteland; in ieder geval iets minder erg dan de tropische hel op de eilandjes. (Ik bezocht ooit les îles du Salut voor de kust van Frans-Guyana, waar zich vanaf 1852 een Franse strafkolonie bevond – ik kan mij wat voorstellen bij die tropische strafkampen.) Uiteraard leefden de gevangen migranten in de angst om teruggestuurd te worden, maar vaak werden zij na enkele maanden gewoon los gelaten en verdwenen zij in de natuur en probeerden zij weer de kost te verdienen en een leven op te bouwen. Eind 1952 maakte het Franco-regime de emigratie vanuit Spanje een stuk makkelijker: grote groepen Spanjaarden kwamen nu legaal aan in Venezuela.

En nu, sinds een jaar of vijf, vluchten Venezolanen weer weg uit dat land: naar Spanje, naar Colombia, naar Curaçao. Vluchten is van alle tijden.

Deze tekst is gebaseerd op Francesca Lazzarato, Barche fantasma attraverso l’Atlantico