un lent suicide sioniste

Même si la résistance palestinienne remettait (les corps de) ses prisonniers à Israël, et même si ce régime libérait ses otages et cessait l’occupation et la destruction systématique de la Palestine, on ne pourrait toujours pas parler d’un triomphe pour Israël. En effet, selon David Christopher Kaufman sur Forward, l’état juif – comme le régime lui-même l’appelle – est exposé à une menace encore plus grande que celle que pourrait représenter le Hamas. La donnée est fournie par le Bureau central des statistiques d’Israël : cette année, pour la deuxième année consécutive, le nombre de personnes ayant émigré d’Israël a dépassé celui des immigrants. Et rien ne menace davantage le sionisme que la perte de Juifs par la nation juive.

Pour de nombreux Israéliens et juifs sionistes, l’idée d’émigrer hors d’Israël n’est rien de moins qu’un péché. En yiddish, on parle de « yéride », littéralement « descente », par opposition à la notion d’« ascension » contenue dans le terme « alíe », qui désigne l’immigration juive vers l’état d’Israël. Selon le site arménien Nouvel Hay Magazine « Des milliers d’Israéliens, des familles entières, ont quitté le pays pour s’installer à l’étranger. En cause, l’insécurité et la guerre à Gaza, mais aussi la politique du gouvernement Nétanyahou, la vente d’armes à l’Azerbaïdjan et le poids de la religion. » Les données montrent que quitter la Palestine occupée semble de plus en plus être la voie vers une vie juive meilleure. Beaucoup d’Israéliens ont l’impression d’être devenus les pions des manœuvres de leur Premier ministre pour conserver le pouvoir. Pas étonnant qu’ils abandonnent le pays, écrit Kaufman.

Toujours selon lui, l’un des effets secondaires du sionisme a été de permettre aux Israéliens laïques de considérer leur judaïté presque comme une réflexion après coup ou une particularité culturelle – ce serait un peu comme être catholique en Italie ou en Irlande. Mais en dehors d’Israël, cette judaïté a rarement eu une signification aussi lourde qu’aujourd’hui, même si elle n’a parfois que peu d’importance pour les Israéliens eux-mêmes.

Pour de nombreux colons donc, les risques liés au départ d’Israël semblent de moins en moins sombres que ceux liés au fait de rester. Tout ceci pourrait être une raison de plus pour ne pas abandonner les actions en faveur d’une Palestine libre et pour tenter en tout cas de renforcer le mouvement BDS. Si l’on parvenait à porter un coup réel au régime d’apartheid israélien sur les plans culturel et économique , on pourrait peut-être espérer que l’exode se poursuive à un rythme accéléré. Un état sioniste sans juives et juifs, ce serait quelque chose, ce serait une sorte de lent suicide sioniste.

La situation offrirait de nouvelles opportunités pour l’ancienne idée d’Edward Saïd : The One-State Solution (1999). Saïd critiquait les accords d’Oslo, qui visaient à créer un état palestinien indépendant aux côtés de l’état israélien – un « château en Espagne », disait-il, qui perpétuait les inégalités au lieu de rapprocher une paix véritable. En effet, un état sioniste est un modèle fondé sur l’exclusion. Israël est essentiellement prisonnier d’une contradiction fondamentale. Il se définit comme à la fois un état juif et démocratique. Mais dès que tous les citoyens auront les mêmes droits, le pays ne sera plus exclusivement juif. Et s’il veut rester exclusivement juif, il ne pourra jamais être une démocratie à part entière. Un état pris entre deux promesses qui s’excluent mutuellement, ce n’est pas un équilibre, c’est une illusion.

Selon Saïd, il était temps d’abandonner le modèle de pensée dominant: pas deux états séparés, mais un seul état laïc et démocratique pour les Palestiniens et les Juifs, dans lequel l’histoire des deux peuples, la nakba et l’holocauste, serait reconnue. Dans son livre One Country (2007), l’écrivain palestino-américain Ali Abunimah plaide également en faveur d’un seul état dans lequel Juifs et Palestiniens vivraient côte à côte en tant qu’égaux, sans murs, privilèges militaires ou hiérarchie ethnique. Le historien israélien Ilan Pappe a un jour affirmé que seul un état démocratique unifié pouvait mettre fin au projet sioniste de domination permanente. Même Yasser Arafat, dans son célèbre discours à l’ONU du 11 novembre 1974, parlait d’« un seul pays dans lequel nous voulons vivre avec les Juifs dans l’égalité et la justice, sans qu’un seul Juif ne soit obligé de partir ».

Le régime sioniste à Tel Aviv a perverti le slogan from the river to the sea, il est temps maintenant de récupérer le slogan dans son sens originel d’une Palestine pluraliste, démocratique et laïque.


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