Valeur et prix

Il est parfaitement possible d’estimer en termes monétaires la valeur sociale d’une forêt. C’est ce que prétend Sander Jansens, bioingénieur et gérant du bureau d’études Landmax, à Beringen (Limbourg). Pour ce calcul il fait appel à un logiciel développé par Universiteit Antwerpen et le centre de recherche Vito.

« Une forêt a une valeur importante pour notre cadre de vie. Ce qu’elle a à offrir profite à toute la société. On appelle cela des services écosystémiques. Purification de l’air, stockage de carbone ou d’eau, protection contre l’érosion – mais aussi bien sûr le calme, la détente et les loisirs. Traduire ces valeurs en chiffres permet peut-être de faire appel aux propriétaires fonciers ou aux acteurs économiques dans le sens stricte. »

Landmax a évalué à Genk la valeur de la forêt de 12 ha que l’entreprise Essers voudrait accaparer pour y construire un parking et des halles de stockage. Le bureau a estimé la valeur de facteurs tels que l’assainissement de l’air, le stockage de carbone et la contribution au rafraichissement de la température. « On arrive à 51.000 euros par an. Voilà ce que la société pourrait économiser en dépenses en matière de santé.  Est-ce beaucoup ? Cela dépend de l’importance que vous attachez à certaines valeurs. »

Selon Jansens le grand inconnu dans ces calculs est le facteur de la biodiversité. Il est difficile de définir la valeur de la préservation d’une multitude de genres botaniques et animales. « Au fond, celle-ci est  hors de prix. »

Les gens de Landmax ont des doutes en ce qui concerne les mesures compensatoires pour la destruction de parcelles qui font partie d’une vaste zone forestière. Mieux vaudrait la sauvegarde de grandes forêts situées pas trop loin des villes. « Les gens ont droit à leur nature et à leur forêt. Des recherches ont établi que la nature rend heureux. Regardez les réactions fortes des citoyens lorsque l’on abat des arbres en ville. Plus que jamais, les gens sont attachés à leurs arbres. »

Ce texte est basé sur l’article paru sur de Standaard : ‘Een bos is meer waard dan je denkt’.

Sucre

Le régime européen des quotas sucriers est venu à sa fin le 30 septembre. Pendant près de cinquante ans la quantité de sucre destiné à la nourriture était limitée sur le marché européen. On craint maintenant que, à l’instar de la suppression des quotas laitiers en 2015, cette réforme mènera à des problèmes sérieux pour les producteurs de betteraves sucrières. En effet, comme il n’y a plus de limites à la production de betteraves sucrières, beaucoup de cultivateurs ont déjà augmenté leur production cette année-ci. Pour la Belgique, on compte 64.439 ha de betteraves sucrières en 2017, soit une augmentation de plus de 14 % par rapport à 2016. En plus, 2017 semble être une bonne année pour la récolte. On s’attend donc aussi à une augmentation de la production de sucre.

Mais ces productions augmentées ont leurs conséquences : les prix sont en baisse. Fin 2016, on payait environ 500 euros par tonne de sucre de betterave ; cette année-ci le prix a baissé d’environ 28 %, jusqu’à 340-350 euros par tonne. La situation rappelle celle des agriculteurs producteurs de lait. Après la suppression des quotas, la surproduction de lait faisait baisser les prix ; des agriculteurs essayaient de neutraliser cette perte de prix par unité en produisant encore plus, ce qui mena à des prix encore plus bas, et encore plus de production, etc. … jusqu’au moment où l’on a dû constater l’existence d’un lac de lait et (encore une fois) d’une montagne de beurre.

L’argument de la Commission européenne pour supprimer les quotas sucriers est qu’une production croissante et des prix plus bas soutiendraient les producteurs de sucre européens dans leur conquête d’un plus grande partie du marché mondial. Deux remarques pourtant.

Ce ne sont pas les agriculteurs qui profiteront de ce marché grandissant. En Belgique par exemple il n’y a que deux producteurs de sucre : Iscal Sugar à Fontenoy et Tiense Suikerrafinaderij à Tirlemont. Ce sont eux qui encaissent la valeur ajoutée dans la chaîne de production sucrière.

Et puis, bien que l’UE soit le plus grand producteur mondial de sucre à base de betteraves, ce sucre ne compte que pour 20 % de la production sucrière mondiale. Les 80 % sont d’origine de canne à sucre, dont le Brésil est le premier producteur et vendeur. Le prix mondial du sucre est donc pour une bonne partie déterminée par la situation politique et économique de ce pays-là – menant récemment à une forte baisse du taux de change de la monnaie nationale, le real.

Une fois de plus, la « libéralisation » du marché pourrait se passer au dépens des producteurs de la matière première.

 

Zoning industriel éolien

Le site franco-belge Friends against wind publie le témoignage d’une certaine Rose-Line sur l’impact de l’implantation d’une centrale éolienne dans son village. Le texte ne précise pas de quel village belge il s’agit, mais la rédaction du site y a ajouté une photo d’Estinnes, en Hainaut.

Estinnes

La situation à Estinnes est incomparable à celle des Hautes Ardennes. Là-bas il y a un paysage plat, et le village se trouve au milieu de champs et de prés. Mais les éoliennes, elles sont bien comparables – et elles sont énormes. Voici quelques photos (la petite porte mesure 2m de haut; on peut s’imaginer la hauteur et la circonférence de la tour):

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Mais bon, voici le témoignage de « Rose-Line »:

« Nous habitions depuis 2006 un petit village perché calme, dans une belle nature arborée où il faisait bon vivre.

Les oiseaux communs étaient nombreux, les migrateurs passaient, s’y arrêtaient pour nicher, reprendre des forces avant de reprendre leur vol pour des contrées proches ou lointaines.

Mais hélas, un promoteur agissant pour le compte d’une multinationale, fit du démarchage auprès des cultivateurs et propriétaires terriens, en leur faisant miroiter un gros bénéfice s’ils louaient des parcelles de terrain pour y installer un zoning industriel éolien de 4 machines (5 000 € la parcelle) ; ceci à l’insu de la population rurale très ignorante des nuisances et des répercussions à venir sur leur santé, leur environnement et sa biodiversité. Une réunion d’information publique fut organisée pour amadouer les futurs riverains, où tous les côtés négatifs de ces engins furent absolument passés sous silence.

Quelques mois plus tard, à 3 km de chez nous, 4 éoliennes se mirent à tourner en faisant un bruit de fond épouvantable (bruit d’avion sans interruption rythmé par les bruits saccadés des pales passant devant les fûts). Tous ces bruits s’entendaient jusqu’à plus de 5 km aux alentours en fonction de la force du vent et de sa direction. En outre, la signalisation lumineuse prévue pour l’aviation était au nombre de 40 flashs par minute, soit 57 600 flashs par 24 heures (230 400 flashs avec 4 éoliennes !), qui s’invitaient dans les habitations, et pour certaines habitations s’ajoutaient les effets stroboscopiques.

C’en était terminé de notre belle tranquillité, de notre belle qualité de vie en milieu rural et naturel, les nuits devinrent pénibles.

Depuis 2007, les bruits des éoliennes, aériens et souterrains, perturbent notre sommeil, soit en nous réveillant en sursaut à chaque changement de direction du vent (arrêt des machines qui changent de direction et remise en route), soit en nous empêchant carrément de dormir, tant ils sont puissants en décibels et basses fréquences, en fonction de la force du vent qui accélère le mouvement des pales lancées à grande vitesse et ce qui entraîne le rotor !
Pour exemple, un vent de 25 km/h qui agit sur le rotor 18 fois par minute, donne :
18 × 60 minutes × 3 pales × 4 machines = 12 960 passages par heure des pales devant les fûts !
Imaginez les bruits que cela peut engendrer !
De 10 dBA la nuit que nous avions avant de subir ces nuisances sonores, nous avons depuis un minimum de 34 dBA quand les machines sont à l’arrêt, puisqu’elles restent sous tension électrique au cas où…, et bien sûr beaucoup plus de bruit quand elles tournent !

Très vite sont apparus des troubles du sommeil, des réveils en sursaut, des insomnies, une grande fatigue due au manque de sommeil, des maux de tête, de l’irritabilité. Cette fatigue est devenue persistante et permanente.

Puis sont apparues chez mon voisin de la tachycardie, des fibrillations surtout les nuits où le vent soufflait à plus de 18 km/h. De nombreuses nuits se réveillant en grande souffrance cardiaque, il a fallu l’emmener d’urgence à l’hôpital où il a subi plusieurs chocs électriques pour remettre le cœur en rythme, de 2010 à 2015, puis, plusieurs interventions chirurgicales afin de cautériser les zones en fibrillations, et finalement lui poser un pacemaker. Cependant, par nuit venteuse et bruyante, l’arythmie et la fibrillation réapparaissent. Il faut encore ajouter une tumeur en 2017 et des problèmes visuels.

Pour moi, la fatigue des nuits sans sommeil est devenue telle que mon immunité a fortement baissée, ma santé s’est fragilisée avec perte de poids, migraines, acouphènes, hyperacousie, vertiges, et depuis 2015, la fibromyalgie s’est ajoutée.

En 2014, malgré les protestations des riverains, 5 nouvelles machines ont été ajoutées (15 000 € par parcelle louée). Nous avons obtenu qu’elles soient bridées et que la signalisation lumineuse soit supprimée, mais les nuisances sonores persistent et notre mal-être s’accentue.

Bien évidemment, les impacts de ce zoning industriel éolien ont fait fuir une grande partie de l’avifaune et de la faune ainsi que la biodiversité du sous-sol.

Le comble, c’est que certains médecins consultés préconisent prudemment de déménager !

La situation est absurde, elle est surtout scandaleuse, car une technologie qu’on nous dit « verte » et « inoffensive », contraint les citoyens à abandonner leur bien, leur tranquillité et leur qualité de vie !

N. B. : Plusieurs habitants du village développent des problèmes de santé, des enfants ont des frayeurs nocturnes, font des cauchemars, sont agités, et ceci, les mêmes nuits venteuses !!! »

Lettre au Conseil communal

Une lettre adressée au Conseil communal de Lierneux, de la part de Mr. Claude Brasseur, de Rochefort:

« Madame, Monsieur,

Beaucoup de personnes de bonne foi accueillent l’éolien comme un bienfait pour la planète. Et certaines communes  y voient un moyen de renflouer les caisses. Comment leur en vouloir de réunir du positif pour la planète à du positif pour leurs administrés?Mathématicien, j’étudie les sources d’énergie renouvelable, en connais de satisfaisantes mais sais que les éoliennes promettent la ruine à nos enfants. Et pas seulement la ruine via les CV que certains encaissent et que tout le monde paye, la ruine aussi de notre santé par leurs nuisances reconnues – les infrasons entre autres – la ruine de notre environnement par la pollution qu’elles créent et qui augmente plus vite que leur nombre et leur gigantisme croissant.

Un avantage de la non-installation d’éoliennes est donc la santé de nos enfants, particulièrement sensibles aux nuisances des infrasons. La nocivité extrême des éoliennes tient au fait qu’elles créent des vibrations de fréquence quasi constante, en cas de vent, et blessent les organes internes … très légèrement mais toujours de la même façon, contrairement à des « soupes » de bruits beaucoup moins dangereuses, par exemple le long des autoroutes.

Un autre avantage de la non-installation est le fait que nos enfants  n’auront pas à payer nos dettes liées à l’investissement éolien.

Un troisième avantage est d’éviter les centrales thermiques polluantes nécessaires aux éoliennes. Les éoliennes sont installées pour éviter la pollution, nous dit-on, pour lutter contre le CO2! J’ignore si ceux qui affirment cela sont ignorants ou malhonnêtes mais je sais avec certitude que les éoliennes sont une source de pollution: quand il n’y a pas de vent utile (90% du temps en moyenne dans cette région), il faut mettre en mouvement des turbines au gaz perpétuellement en stand-by, turbines assez souples pour pouvoir changer de régime d’une minute à l’autre … centrales dont le rendement est faible, centrales polluantes!
Je précise que des centrales moins souples, turbine-vapeur, qui ne démarrent pas au quart de tour, ont un rendement de 60% au lieu de 40% et que, fonctionnant seules, elles donnent une énergie nettement plus propre que le couple éoliennes + turbines souples. J’ai fait les calculs utiles et suis effaré devant la pollution créée « pour être vert »! En voulant éviter de produire du CO2, on en produit beaucoup.
En 40 ans de recherches, j’ai acquis des connaissances que j’aime partager et je propose de répondre aux questions que vous voudrez me poser.

Un scientifique écologiste convaincu,

Claude Brasseur
5580 Rochefort

PS. Le conseil mondial de l’énergie éolienne (Global Wind Energy Council) a publié son dernier rapport: après 30 ans et 2.000 milliards dépensés, 20.000 milliards engagés, elles apportent 0,0046 de l’énergie consommée par l’homme … »

 

Vague ressemblance

Tiens, voilà que je tombe sur un texte qui me rappelle vaguement une situation bien proche de chez nous, à Lierneux.

Restent aux peuples les miettes que sont les parodies de consultations citoyennes, les budgets « citoyens » et très épisodiquement, l’étroitesse politique d’un  référendum.  L’exemple des  grands  projets  d’aménagement du territoire, avec leurs procédures de consultation publique faite à la va-vite, leurs communications et publicités minimalistes, leurs études orientées, est significatif. Dans tous les cas les conséquences potentielles de ces consultations publiques tronquées demeurent seulement des adaptations d’un projet déjà décidé et ficelé par les élu.e.s et les  entreprises  privées.  Aujourd’hui, le système démocratique représentatif démet chacun d’entre nous de son pouvoir d’action, de prise de décision, et tend à individualiser, diviser, déresponsabiliser, désintéresser par une stratégie tout à fait maîtrisée, faisant intervenir !’ensemble des rouages du pouvoir, médias, élus, police et pouvant être synthétisé par une formule simple : «  Ne bougez pas, on s’en occupe ! » Et son pendant : « Si vous bougez, on s’occupe de vous! »

Ecrit à Paris, et publié sur Le monde libertaire du 4 mai 2017 (n° 1788).